L’Insee a publié son estimation de la croissance pour l'année 2018. La désorganisation causée par le mouvement des Gilets Jaunes a effacé l'effet positif attendu de l'allègement de la taxe d'habitation et des cotisations sociales. Bref, c'est mieux que si c'était pire (ou l'inverse).

Avec les chiffres publiés ce mercredi matin,  on découvre qu'il n'y a pas eu de catastrophe en fin d'année à cause des Gilets Jaunes. 

Au quatrième trimestre, la croissance a été de 0,3%, c’est-à-dire à peu près le même rythme que le reste de l’année - 0,2% aux deux premiers trimestres, 0,3% au troisième.- et un peu supérieur à ce qu'escomptait l'Insee (0,2%). 

Sur l’ensemble de 2018, maintenant, la moyenne est de 1,5%. C’est un net ralentissement par rapport à 2017 (2,3%), c’est moins que ce que prévoyait Bercy (1,7%) et c’est moins que ce qu’avait promis Emmanuel Macron à la présidentielle (1,8%). Mais c’est mieux que toutes les années complètes du quinquennat de François Hollande. 

Au-delà du constat, qu’en penser ? 

- Au quatrième trimestre, la croissance est un peu supérieure à l'attente, mais des effets jouent en sens contraires : le mouvement des Gilets Jaunes a effacé l'effet positif attendu de la baisse de la taxe d'habitation et des cotisations sociales. 

- 1,5% en 2018 après 2,3% en 2017 : c'est décevant. Il est tentant d’en conclure que la politique économique du président n’a pas produit les effets escomptés. Ou autrement dit, que ce qui a été semé tarde à lever. C’est factuel, c'est vrai. Certains diront aussi que les semis, autrement dit les réformes, étaient mal choisis. Explication : le calendrier fiscal a désorienté les ménages, avec une impression de flou. 

En même temps, la fin d'année est plutôt une bonne surprise, et l’honnêteté oblige à dire qu’il y a un ralentissement général en Europe, et qu’à se regarder on se désole mais qu’à se comparer, on se console. 

L’an dernier, la France a fait mieux que le Royaume-Uni et l’Italie, et autant que l’Allemagne, qui depuis quelques mois traverse même une phase déprimante. Berlin ne prévoit désormais que +1% cette année. 

Que peut-on en déduire pour la croissance 2019 en France ? Bof !!

Il faudrait mettre le pied sur le champignon pour que l’objectif du gouvernement, 1,7% encore, soit atteint. On tournerait plutôt a priori autour d’un peu plus de 1%. La France rejoint son potentiel de croissance. 

Sauf si, et c'est une hypothèse qu'il faut envisager, les gains de pouvoir d’achat importants attendus poussent la consommation. Soyons concrets. L’OFCE (je conseille d’aller voir leurs simulations), l’OFCE a calculé que 20 millions de ménages, les actifs, vont gagner en moyenne 720 euros cette année grâce aux mesures fiscales, un peu plus de 6 millions, les inactifs sans emploi ou retraités perdant tout de même de leur côté 300 euros. La question est de savoir si la croissance française bute sur la demande ou sur l'offre (les difficultés de recrutement par exemple).

Mais au total et sur deux ans, tout le monde ou presque est gagnant. Avec le paquet fiscal de décembre qui a presque tout changé, Emmanuel Macron n’est plus seulement le président des gros patrimoines mais il est aussi celui des classes moyennes. Il a raccroché la cordée. C'est en tous cas la réalité statistique ... Le ressenti est autre chose ... ! 

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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