Caddie va lancer un nouveau modèle Caddie. Pourquoi donc nous parler de ça ?

Parce que c’est un magnifique symbole de l’industrie française.

Caddie est une PME alsacienne, fondée en 1928 pour fabriquer des mangeoires destinées aux poussins et des paniers à salade. Son fondateur, Raymond Joseph, avait découvert les premiers chariots de supermarché à Chicago dans les années 1930.

Quand la France a basculé vers la grande distribution, il a dessiné avec son neveu Marc le premier chariot français dans les années 1950.

Le succès est au rendez-vous.

Caddie vend bientôt des centaines de milliers d’exemplaires dans des dizaines de pays.

Mais l’entreprise s’endort sur ses lauriers. Ces dernières années, elle a accumulé les pertes, jusqu’au dépôt de bilan en mars 2012. Caddie a été reprise par le groupe Altia - 125 licenciements à la clé.

Moyennant quoi l’entreprise sera à l’équilibre cette année. La sortie d’un nouveau chariot indique que Caddie met à nouveau le cap vers le futur.

Le succès n’est pas garanti, mais le déclin n’était pas fatal.

L’histoire de Caddie est symbolique : qu’est-ce qu’elle raconte ?

Quatre faiblesses que l’on retrouve souvent dans l’industrie française et qui n’ont pour une fois rien à voir avec la politique économique : la gouvernance, l’organisation, l’innovation et la naïveté.

La gouvernance d’abord. Le fondateur Raymond Joseph avait légué la majorité de l’entreprise à sa fille adoptive Alice, qui aurait été son assistante médicale. Alice n’avait ni vision industrielle ni surtout l’argent pour moderniser la production.

Ce qui nous amène au deuxième problème : l’organisation. Pour des raisons historiques, les chariots sont encore aujourd’hui fabriqués dans une usine, galvanisés dans une autre avant de revenir à la première pour être terminés. Près de cent kilomètres aller-retour : ça coûte trop cher. Le nouveau propriétaire va enfin regrouper toute la production au même endroit.

L’entreprise n’a-t-elle pas innové ?

Depuis plus de trois quarts de siècle, l’entreprise travaille le fil d’acier. Mais les chariots de supermarché, eux, se font de plus en plus en plastique, plus léger. Le concurrent allemand de Caddie, Wanzl, a su prendre le virage.

Résultat : l’Allemand a rattrapé puis dépassé le Français.

Le prochain Caddie, lui, sera hybride. Ca ne veut pas dire qu’il y aura un moteur électrique mais plus simplement qu’il sera fabriqué en plastique, avec les plasturgistes de la vallée d’Oyonnax, et aussi en pièces composites.

L’entreprise recommence à innover. Elle prépare donc à nouveau son futur.

Enfin, l’entreprise a cultivé une certaine naïveté. On entend rarement ce mot dans l’industrie…

Ce n’est pourtant pas si rare. Ecoutez cette petite histoire qui se passe en Chine, où Caddie a une usine qui fabrique 15% de sa production mondiale.

Son patron chinois a monté une autre usine pour faire le même chariot à quelques kilomètres de là, à son compte mais sous la marque Caddie, en allant jusqu’à puiser dans les stocks de matériel maison pour l’approvisionner.

C’est presque la même histoire que Danone avec Wahaha, qui était son associé chinois et non son salarié.

Caddie n’en est pas mort alors qu’il est bien plus fragile que le géant du yaourt et de l’eau minérale.

Si l’industrie française n’est pas condamnée à disparaître, elle est en revanche condamnée à mieux s’organiser, et sur tous les plans.

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