L’édito éco de Dominique Seux, des "Echos". ___Bernard Madoff a donc été condamné à 150 ans de prison pour l'une des fraudes financières les plus gigantesques de l’histoire. L’ampleur de la peine constitue une surprise, puisque les experts des choses judiciaires aux Etats-Unis parlaient de 20 à 30 ans. Mais, ce qui est intéressant est que cette sanction est symbolique comme l’escroquerie elle-même a été le symbole des failles du monde financier qui est le nôtre. Alors, clairement, le juge a voulu frapper les esprits puisque une peine de 25 ans ou de 150 ans ne fait pas beaucoup de différence pour un homme de 71 ans. Ce juge a refusé toutes les circonstances atténuantes, manière de dire que certains crimes en col blanc n’ont pas davantage d’excuse que les crimes ordinaires. L’idée est sans doute de décourager les futurs fraudeurs. Mais ce qui stupéfie encore, c’est la faute qui a précédé la sanction. L’affaire Madoff, c’est une escroquerie basique dans son principe : Madoff rémunérait ses anciens clients avec l’argent des nouveaux. Le système s’est écroulé fin 2008 quand tout le monde a voulu être remboursé en même temps. Pertes : environ 65 milliards de dollars. C’est un peu facile comme conclusion mais il n’y a pas de meilleur symbole de l’opacité d’une partie de la finance à laquelle peu de monde comprend finalement quelque chose. Et cette affaire ne fait que commencer. La condamnation à 150 ans de prison est un trompe l’œil. Le système du plaider-coupable garantit une justice rapide – en France l’affaire Kerviel n’est pas jugée – mais le système Madoff n’est pas éclairci. L’arnaque a duré une vingtaine d’années, mais les complices courent toujours. Il faudra du temps pour remonter les pistes, voire pour obtenir des remboursements. En France, des milliers de personnes sont concernées, pour un total de plus d’un milliard de dollars. L’affaire ne fait que commencer, ça, c’est le premier aspect. Le second, c’est que rien n’est réglé. L’on s’est aperçu que la surveillance des marchés était une vaste plaisanterie et que les épargnants avaient raison de donner chichement leur confiance. Il y a des failles aux Etats-Unis, où le gendarme de la Bourse américaine, la SEC, n’a rien vu, rien dit. Il y en a en Europe, où le passeport européen des produits d’épargne ne protège pas. Au total, c’est moins le manque de lois qui est en cause, que la paresse des contrôles. Donc, oui, c’est vrai, rien n’est réglé. Est-ce que le scandale est si énorme que l’on est protégé pour l’avenir ? On aimerait en être sûr. Mais souvenez-vous du scandale Enron, en 2001. L’une des plus grandes entreprises américaines fit faillite après avoir spéculé à pertes sur la vente d’électricité à l’Etat de Californie et l’avoir caché par des manipulations comptables. Naturellement, des lois furent votées, des engagements pris la main sur le cœur : plus jamais ça. Ce jugement Madoff clôt sûrement un chapitre dans l’histoire de l’escroquerie. Mais il ne faut pas oublier que cette affaire a été révélée par la crise. Sans elle, elle continuerait. Cela prouve qu’il ne suffit pas de sauter sur sa chaise en réclamant plus de régulation, il faut que les contrôleurs utilisent leurs pouvoirs et que la boussole de l’appât du gain, pour les épargnants, fait souvent perdre le nord.

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