Retour sur le remaniement, avec François Baroin qui remplace Christine Lagarde à l’Economie, Valérie Pécresse qui remplace François Baroin au Budget et Laurent Wauquiez qui remplace Valérie Pécresse à l’Enseignement supérieur, avec une question simple : tout responsable politique peut-il occuper n’importe quel poste ? Mes confrères politiques expliquent le cafouillage de ce remaniement, son bal des egos, la tentative de bousculer Jean-Louis Borloo. Mais c’est vrai que je suis sensible à l’interrogation, hier soir, de ma fille de 14 ans : « les ministres, ils savent tout faire ou ils n’ont pas besoin d’être compétents ? ». C’est vrai que passer en deux minutes de la réforme de l’ISF à la Grèce, au G20 et aux normes comptables Bâle 3, laisse perplexe. Comme sauter des négociations avec les chercheurs aux déficits publics. C’est comme si votre dermatologue vous annonce soudain que, demain, il sera votre chirurgien-dentiste. Ou que, en entreprise, le comptable devient DRH puis directeur financier. Bizarre. Bref, faut-il une compétence technique pour être bon ministre ? - Et la réponse est... ?Oui, une compétence technique est hautement souhaitable, mais elle ne garantit pas le succès et il y a des plans B de rattrapage. La compétence ne s’acquiert pas seulement à l’ENA, Polytechnique ou HEC. Un ministre médecin à la Santé connaît a priori mieux son sujet ; mais un chef d’entreprise n’est pas toujours bon à Bercy ; La réalité est que les ministres bénéficient d’un atout unique, un entourage brillant et des administrations qui vont les former à vitesse grand V –le risque étant d’en être prisonnier. Mais la réalité, plus que tout, c’est le travail. Xavier Bertrand, aux Affaires sociales, est critiquable, mais il est incollable sur ses dossiers. Claude Evin, ex- ministre socialiste de la Santé, est devenu un expert remarquable. Ce n’est pas toujours le cas...- Il y a d’autres conditions pour qu’un ministre soit « bon » ?Un, l’intérêt pour leur matière. Xavier Darcos puis Brice Hortefeux s’ennuyaient ferme au Travail. Deux, la durée. Pierre Bérégovoy a été un grand ministre aux Finances ; entré avec un CAP d’ajusteur, il y a passé six ans. Christine Lagarde, 7 ans au total. A l’inverse, Laurent Wauquiez en est à son quatrième poste et, comme ministre des Affaires européennes jusqu’à hier, il a surtout attaqué le RSA. La troisième condition est que le ministre réponde à la situation ! Si les enjeux sont techniques, il faut un technicien ; s’ils sont politiques, un politique ; s’il n’y a pas d’enjeu, n’importe qui fait l’affaire... Le talent de celui qui nomme, c’est de deviner l’enjeu, entre savoir faire et faire savoir. C’est pareil en entreprise. Pour gérer le quotidien, il faut un spécialiste du secteur. Pour transformer une société, un stratège ; pour affronter une crise, un réducteur de coûts ; pour négocier avec l’Etat (secteur de l’Energie, des Télécoms), un inspecteur des Finances ! - Le tandem Baroin-Pécresse est-il bien parti ?François Baroin est inexpérimenté à l’international. Mais c’est un politique dans un temps politique et Valérie Pécresse a réussi aux Universités. Cela étant, le vrai patron est Nicolas Sarkozy, c’est de son bilan qu’il s’agit. Et, compétente ou pas, l’action de l’Etat est marginale dans l’économie de tous les jours !

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