Dominique Seux revient sur l’Appel lancé hier par toutes les organisations patronales de France dans le « Journal du dimanche ».

Appel qui demande de façon solennelle à François Hollande et à Manuel Valls d’arrêter de zigzaguer et d’être plus clairement du côté des entreprises pour relancer la croissance. Concrètement, le Medef, la CGPME, les très grandes entreprises, les agriculteurs, les startups et les professions libérales – cela fait du monde ! - demandent (1) une adoption rapide du Pacte de responsabilité, (2) un moratoire sur toute règlementation en plus, (3) plus d’énergie dans les réformes. Cet appel peut se lire de plusieurs façons. Il y a la tactique et ce qui se cache derrière. La tactique est limpide : la base patronale est très remontée et pousse à un boycott de la conférence sociale de la semaine prochaine. Leurs organisations ne veulent pas en arriver là et, avec ce texte musclé, organisent un dérivatif. La réponse d’Arnaud Montebourg est elle aussi tactique : hier soir, le ministre de l’Economie a envoyé paître (si vous me passez l’expression) les signataires en leur disant : nos allègements de charges sont historiques, vous que nous donnez-vous ? Lui manœuvre pour que les députés socialistes votent le Pacte. Voilà pour la tactique.

Mais il y a aussi, dites-vous, ce qui se cache derrière...

Il y a un ressenti extrême des entreprises contre la lenteur de ce qui est décidé par le pouvoir politique et administratif. Le crédit d’impôt compétitivité a été annoncé fin 2012, les chèques sont arrivés en mai 2014 - même si un préfinancement était possible ; le Pacte de responsabilité a été évoqué en janvier, ses effets seront étalés entre 2015 et 2019. Entre les deux mondes, le rapport au temps est différent. Pourquoi ? Parce que les entreprises sont mortelles . Une entreprise qui perd des commandes, de l’argent, n’est pas loin de mettre la clé sous la porte. L’an dernier, 63.000 entreprises ont fait faillite. A l’inverse, l’Etat, lui, ne fait pas faillite, il est en déficit depuis des décennies. Une partie des responsables publics ont du mal à comprendre ce que cela veut dire de se battre tous les jours pour arracher des marchés, ce que cela veut dire de s’angoisser quand le chiffre d’affaires ne suit pas, ou de devoir réaliser des économies y compris en se séparant de salariés. Les salariés des collectivités, de l’Etat et des entreprises publiques – dont le métier n’est pas moins noble – ont du mal à saisir cela : les entreprises sont mortelles . On peut dire qu’elles distribuent trop de dividendes, n’innovent pas assez, que leurs patrons sont trop payés ... c’est parfois vrai. Mais pas pour la majorité. Et ces entreprises, que retiennent-elles des huit derniers jours ? Qu’il n’est plus possible d’embaucher un salarié à temps partiel moins de 24 heures par semaine à partir de demain et qu’une nouvelle usine à gaz sur la pénibilité est en place alors qu’un choc de simplification avait été promis. C’est plus subtil, mais ces divorces sont la raison pour laquelle les organisations patronales essaient de canaliser une base dont la colère est là.

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