Ce matin : les deux scénarios grecs et une main à tendre.

Certains s’en réjouiront, d’autres le regretteront. La journée d’hier a apporté la preuve qu’Alexis Tsipras, le premier ministre grec, n’a pas gagné son pari initial. Il espérait que les autres Européens craqueraient après l’annonce d’un référendum dont l’issue pourrait être la sortie de la Grèce de l’euro. Sur le plan économique, maintenant, les marchés boursiers, des changes et de taux d’intérêt ont certes accusé le coup. Mais cela n’a pas été la panique crainte. La peur est là, mais elle n’est plus aussi forte qu’en 2010 et 2012. Sur le plan politique, les dirigeants européens, hormis Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, ému, (les dirigeants) n’ont guère montré d’émotion. Face au tournant que risque de prendre la zone euro, on les a vus presque froids. Comme si le ras le bol l’emportait. Comme si le fatalisme dominait désormais.

En réalité, pour les gouvernements européens, pour les institutions européennes, pour la banque centrale européenne, deux scénarios sont possibles. Le premier, qu’ils souhaitent tous, c’est la victoire du « oui » au référendum. Ce serait formellement oui aux dernières propositions de réforme des créanciers ; ce serait en réalité un oui au maintien dans l’euro. Mais ce serait un oui alors que le gouvernement grec appelle à voter non. Un cas inédit ! Personne ne sait si c’est une hypothèse crédible, les sondages le diront vite, mais dans ce cas Syriza serait désavoué. On ne sait pas non plus si Alexis Tsipras resterait au pouvoir ou devrait constituer une coalition, mais sa situation serait fragilisé. Des négociations pourraient reprendre, et aboutir, sur la base des travaux en cours en fin de semaine dernière.

Deuxième scénario : la victoire du non, comme le veut le gouvernement grec, et comme c’est le plus probable, là, c’est l’inconnu. Le pouvoir grec serait conforté, mais pour quoi faire, si les pouvoirs tout aussi légitimes des dix-huit autres pays considèrent qu’ils ne peuvent aller aussi loin que ne le veut Athènes ? Sans que cela soit certain, le plus probable est que les liens avec l’euro se dénoueraient. Le secrétariat général du conseil européen et la BCE commencent déjà à préparer ce plan B, celui du Grexit. Ils ont raison.

Mais vous évoquiez aussi une main tendue ?

S’ils veulent que le oui l’emporte, que le peuple grec reste dans la négociation, et que l’Histoire soit de leur côté, les institutions européennes et les dix-huit capitales doivent faire un geste. Parce qu’ils représentent 95% du PIB de la zone euro, 290 millions d’habitants sur 300 millions, ils ont tout intérêt à ravaler leur rancœur, leur ras-le-bol, contre Alexis Tsipras et son équipe. On aimerait qu’Angela Merkel et François Hollande, puisque c’est d’eux qu’il s’agit, exposent publiquement les avancées que l’Europe a faites jusqu’au bout et prête encore à faire, y compris sur un futur et nouvel allégement de la dette grecque (ce serait le quatrième), puisque c’était prévu, en tous cas dans les coulisses. Ce serait à leur honneur. C’est donc une exigence.

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