La Cour des comptes a donc audité les finances publiques. Son diagnostic, rendu public hier : insincérité pour le passé, insécurité pour l’avenir.

L’effet le plus visible a été que le gouvernement, face à ce qu’a révélé cet audit, a mis entre parenthèses sa fameuse bienveillance. Edouard Philippe, premier ministre, Gérald Darmanin, chargé du Budget, ont cogné dur sur l’héritage laissé par François Hollande – et c’est une 1ère. Si cela peut être ressenti comme un jeu habituel (le coup de l’héritage) et lassant, c’est en réalité justifié : la Cour des Comptes utilise des mots forts. Elle parle d’insincérité du budget laissé par l’équipe précédente. En 2012, le même Didier Migaud n’avait pas utilisé ce mot -j’ai regardé- pour qualifier la copie de l’ère Sarkozy. Il avait constaté des dérapages, mais à cause d’une moindre croissance (crise de la zone euro), pas parce que les dépenses avaient été volontairement sous-évaluées, comme cette fois-ci. Emmanuel Macron était à Bercy c’est vrai, mais il n’était pas en charge du Budget : il n’est donc pas coupable. Il est seulement co-responsable et il ne peut pas dire qu’il tombe des nues. On peut citer dix Unes de journaux tirant d’ailleurs à l’époque la sonnette d’alarme sur un tiroir-caisse délibérément ouvert.

Quelle conséquence de tout cela pour le gouvernement actuel ?

Pour 2017, il a choisi de tenir et donc de ramener le déficit à 3 % pour des raisons de crédibilité européenne (la France peut être un des deux pays les plus en déficit des 27 cette année) et donc de réaliser plusieurs milliards d’économies sans augmenter les impôts. Mais le vrai sujet concerne les choix pour 2018. Manifestement, l’idée est que certaines promesses soient étalées dans le temps. Cela ressemble furieusement à ce qu’on connaît depuis vingt-cinq ans, mais bon. Le débat politique est en tous cas le suivant : qu’est-ce qui sera prioritaire, les mesures pour le pouvoir d’achat (baisse des cotisations salariales financée par la CSG et de la taxe d’habitation) ou les mesures pro-entreprises (l’ISF, l’impôt sur les sociétés, le CICE) ? S’il y avait un pari à faire, je dirais le pouvoir d’achat, mais on verra. Pour conclure avec une métaphore qui vous concerne, Patrick -puisque vous nous quittez aujourd’hui-, le thème de cet édito vous va au fond comme un gant : vous êtes un professionnel d’une grande rigueur sans austérité, je ne vous ai jamais vu en déficit d’informations et je vous l’assure, ce compliment n’est pas insincère.

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