La chancelière Angela Merkel a réuni hier soir les membres de sa coalition pour arrêter la date de la sortie du nucléaire de l’Allemagne.

Oui, et ce sera 2022. Et évidemment –c’est d’ailleurs, la première question posée à Anne Lauvergeon, d’Areva, vendredi matin dans le 7/9– cette décision donne l’impression que le camp anti-nucléaire se renforce puisque la Suisse a annoncé elle aussi sa sortie de l’atome et que l’Italie a renoncé à y entrer. En réalité, l’Allemagne revient à peu près au calendrier qu’avait arrêté le chancelier Schroeder au début des années 2000. Un calendrier qu’Angela Merkel avait bousculé l’an dernier en décidant de prolonger la durée de vie des centrales jusqu’en 2040. Après Fukushima, la chancelière a changé de pied et a d’abord décidé d’arrêter les sept réacteurs les plus anciens. Là, un calendrier de sortie totale est donc arrêté. Deux questions : est-ce possible ? Est-ce hypocrite ? Réponses : c’est possible, mais très cher ; hypocrite, un peu.

D’abord, est-ce économiquement possible ? C’est techniquement possible. Le rôle de l’énergie nucléaire est beaucoup plus limité en Allemagne qu’en France, dans une proportion de un à trois. En ce moment même, pour raisons de maintenance, seuls quatre réacteurs sur dix-sept fonctionnent. Mais des questions de faisabilité économique se posent. 17% de l’énergie produite est de l’énergie alternative (éolien, solaire etc.). L’Allemagne parle de monter à 50% dans 40 ans. Ce qu’il faut savoir, c'est que les investissements vont être colossaux. Comme en France, le solaire a été très largement subventionné chez nos voisins et cela leur coûte très cher, bien plus cher qu'ici. Par ailleurs, des éoliennes sont déjà installées en très grand nombre, par exemple au large dans la mer Baltique, au Nord.

Le problème est qu’il va falloir installer beaucoup de lignes à très haute tension vers le Sud, où est l’essentiel de l'économie allemande. Enfin, il faudra investir dans des capacités de stockage et des centrales classiques –le vent et le soleil ne sont pas là 24 heures sur 24 heures ! Cela étant, au total, la sortie du nucléaire est possible en Allemagne.

Pourquoi avoir utilisé le mot d’« hypocrite » ? C’est en tous cas une interrogation. Berlin veut, va, arrêter le nucléaire au nom de la sécurité et de l’environnement. Parfait. Mais il est important de relever plusieurs points. Un : l’Allemagne est un gros consommateur de charbon, dont l’extraction et l’utilisation ne sont pas précisément les plus « vertes » qui soient. Si elle veut moins de charbon et de nucléaire, elle importera plus de gaz, notamment russe –au moins le temps d’arriver à ses objectifs en éolien et solaire. Ce qui veut dire que l’indépendance énergétique va être amoindrie. Deux : en dépit des affirmations officielles, il est vraisemblable que l’Allemagne importera de l’électricité de ses voisins –une électricité d’origine nucléaire. C’est un peu la technique du passager clandestin que connaît bien depuis longtemps l’Italie.

La France, elle, ne fait pas ce choix-là. Elle voudrait exporter son nucléaire « sûr » contre le nucléaire « low cost » d’autres pays. En tous cas, il y a un vrai travail de conviction à faire. Un patron du secteur confiait récemment : « il y a 300 centrales dans le monde, il y a eu trois accidents graves (Three Mile Island, Tchernobyl, Fukushima). Dans l’aviation, un taux d’accident de 1%, ça ne pardonnerait pas ».

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