La Commission de Bruxelles a présenté hier ses recommandations pour la France. Cet événement est intéressant parce qu’il a mis en scène un bras de fer assez brutal entre la Commission et François Hollande. Bruxelles a détaillé, pour la France comme pour les 26 autres pays, les réformes qu’il faudrait faire pour réduire les déficits et muscler l’économie. Sur tous les sujets, avec un contenu assez détaillé. Dans l’après-midi, François Hollande a répliqué que la Commission n’a pas à se mêler du contenu des réformes, que sa mission est de faire le point sur les déficits, ni plus ni moins. C’est une vraie divergence. Prenons une image : quand vous allez chez le garagiste, vous pouvez lui demander simplement de réparer votre voiture en panne en lui faisant totalement confiance, ou vous pouvez lui donner quelques indications sur ce qui ne marche plus...Au-delà de la métaphore, la divergence concerne notamment les retraites… Bruxelles préconise une réforme plus ambitieuse que ce qu’a prévu Paris. L’âge de la retraite devrait être remonté au-delà des 62 ans actuels, il faut revoir les régimes spéciaux de retraite de la SNCF ou d’EDF. Il ne faut pas non plus augmenter les cotisations sur les salaires, c’est mauvais pour le coût du travail. L’idée, au fond est que quatre réformes en dix ans, c’est stressant pour le pays, on ne va pas recommencer en 2018, 2022, etc. Manque de chance, Paris prépare une hausse des cotisations, et pas de refonte des régimes spéciaux.Et sur le fond de la querelle ? C’est vrai que la limite est ténue entre le conseil et le diktat. Mais trois points doivent être vus. Un : la Commission, ce ne sont pas des extraterrestres ; elle représente 27 pays, et ses recommandations seront approuvées par le conseil européen de juin. Deux : Paris a obtenu deux ans de sursis sur son déficit public, ce n’est pas glorieux, la contrepartie, c’est de mener des réformes. Trois : on ne peut pas à la fois réclamer un gouvernement économique et faire un bras d’honneur aux conseils de l’Europe. La récente réforme de l’Europe (le « Six pack », pour faire savant) a été conçu pour éviter que se reproduise la catastrophe de l’Espagne et de l’Irlande il y a dix ans, quand personne n’a pu leur dire qu’ils allaient dans le mur parce qu’il n’était pas question de gouvernement économique.Au total, que retenir de ce que dit Bruxelles ? La commission salue les réformes –à droite ou à gauche- qui ont été faites ces dernières années. Mais les juge timides, trop floues. Ce qui devrait faire réfléchir est que ces jours-ci, la Cour des comptes, la Banque de France, Bruxelles, disent la même chose sur les gaspillages de l’Etat, les rentes privées et publiques, les empilements administratifs, qui gâchent nos formidables atouts ; Jacques Attali – invité à 8H20 – le dit aussi. Ils ne pas tous ultra-libéraux quand même ! Une anecdote pour finir. Par erreur, le site Internet de la Commission a affiché, toute la journée d’hier et encore ce matin, l’avis sur la France de … 2012. Eh bien, c’est presque le même ! Risible ? Non, désespérant.

Les liens

Le blog de Dominique Seux

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.