Ce matin, vous commentez le décès de deux chefs d’entreprises : Jean-Claude Decaux et André Rousselet.

Ce rapprochement serait artificiel s'il reposait sur le seul fait que ces deux personnalités hors normes sont décédées à deux jours d’intervalle. Jean-Claude Decaux, l'inventeur des abribus, du Vélib’ et des sanisettes. André Rousselet, le fondateur de Canal+ et propriétaire des taxis G7. En plus, l'un était de droite et a soutenu le RPR. L’autre était de gauche et a soutenu -à tous points de vue- François Mitterrand. Mais en réalité, je crois que pourtant le rapprochement est légitime. C’était les startuppers français d’il y a trente et quarante ans et, justement, un point crucial les différencie de ceux d’aujourd’hui.

Lequel ?

Jean-Claude Decaux comme André Rousselet ont construit leur entreprise dans des secteurs en relation très étroite avec le politique. Ils en avaient besoin comme les politiques avaient besoin d’eux. Les taxis G7 ont grandi protégés de la concurrence et Canal ne serait pas né en 1984 sans la bénédiction du pouvoir. Souvenez-vous du "Edouard (Balladur) m’a tué" à la Une du Monde dix ans plus tard, quand Rousselet a été évincé de Canal. Les panneaux Decaux, eux, sont sur les trottoirs parce que les collectivités locales sont gagnantes. Et tous les grands groupes sont nés comme cela. Aujourd'hui, les entreprises qui se créent, les start-ups, les aventures entrepreneuriales, n’ont rien à voir avec la politique et l’Etat.

Ce qui les rapproche aussi, c’est l’innovation…

André Rousselet est allé chercher aux Etats-Unis le concept de télé payante, cryptée, mais il a inventé une relation avec le sport et le cinéma totalement nouvelle et un ton inédit à la télévision française. Jean-Claude Decaux a réussi le pari incroyable de s'internationaliser, il est devenu le numéro un mondial du mobilier urbain, à Paris, New York ou Londres, et de la publicité dans les transports et les aéroports. Médiatiquement et culturellement, Rousselet l'emporte évidemment, mais économiquement et socialement, Decaux a créé beaucoup plus d'emplois.

Dernier point commun, la transmission.

Ce sont les fils de Jean-Claude qui dirigent le groupe Decaux, c’est le fils d’André Rousselet qui dirige les taxis G7. Mais ce ne sont pas les mêmes héritages : les taxis sont un métier en vraie difficulté, l'affichage est florissant.

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