C'est confirmé depuis hier : la ligne de train rapide entre Roissy et Paris est reportée après 2024. Une nouvelle illustration de la difficulté d'un pays comme la France à mener des grands projets d'infrastructures dans des délais raisonnables.

La ligne Charles De Gaulle Express (CDG Express) ne sera donc pas prête pour les JO, comme la France l'avait promis pour avoir les Jeux. 

On le rappelle : il s’agit d’une ligne qui doit transporter les passagers qui atterrissent à Roissy jusqu’à la gare de Paris-Est, plus rapidement que la ligne de RER actuelle, c'est-à-dire en 20 minutes. 

La ministre des Transports a expliqué mercredi que le calendrier est trop serré et que les travaux gêneront les voyageurs du RER B. Elisabeth Borne évoque la fin 2025 pour la mise en service, en clair 2026 -mais cela pourrait bien ne jamais être le cas si on va de report en report. 

Si on en parle ici, c’est que l’histoire de ce projet vieux de de 30 ans reflète ce qu’il y a de pire dans la politique. 

Le patron d’Aéroports de Paris, Augustin de Romanet (dont le mandat a été renouvelé hier), le promeut parce que 70 millions de passagers passent chaque année à Roissy, qui saturent et polluent l’autoroute A1 en taxis et en car. Ils encombrent aussi le RER avec leurs bagages. Les voyageurs qui arrivent à Roissy ne s'attendent pas non plus à 40 minutes à une heure 30 de trajet (30 minutes en ligne directe mais seulement en heure creuse). Edouard Philippe était d'accord, sur cetet ligne.

Mais face à eux, ils ont trouvé une coalition d’intérêts. 

-Des élus locaux de gauche se battent par principe contre ce qu’ils appellent le train des riches – ce qui est faire beaucoup d’honneur aux touristes indiens qui font le voyage de leur vie et aux familles en low cost pour Prague. 

-Anne Hidalgo, à Paris, ne veut pas d’ennuis. 

-La SNCF, maligne, fait de CDG Express (c’est son petit nom) un bouc-émissaire des difficultés futures du RER. 

-Et à droite Valérie Pécresse, à la Région, craint que les passagers-électeurs du RER souffrent des travaux et n’a pas peut-être pas non plus envie que la nouvelle ligne fonctionne avant l'arrivée sur son propre réseau de nouvelles rames rutilantes, à partir de -tiens !- 2025. 

Précision, il n’y aura pas un euro d’argent public, les passagers paieront. 

Conclusion ? La conclusion est qu'on peut comprendre l’inquiétude sur la gêne occasionnée par les travaux, et le gouvernement actuel était sans doute coincé. 

Mais quand même. C’est un bel exemple de la lenteur des projets presque impossibles à faire aboutir. On parle donc, là, de 30 ans, alors que le premier terminal de Roissy, lui, a été construit en dix ans. Là, on parle de 6 kms de voies nouvelles et de 24 kms d’aménagements ! 

Qu’il s’agisse du CDG Express, du Lyon-Turin, du canal Seine-Nord, la France a du mal à gérer des grands projets dans des délais raisonnables et cela participe au sentiment d’impuissance publique qui nourrit le rejet de politiques.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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