L’édito éco de Dominique Seux, du journal « Les Echos ». _____L’événement de ces dernières heures, c’est évidemment le départ forcé et brutal de Christian Streiff, le patron du groupe PSA Peugeot Citroën. Mais ce débarquement ne doit pas être mal interprété. Il n’est pas lié principalement à la crise, comme cela a pu être le cas chez Valéo et dans les banques. Le départ de Christian Streiff a même plutôt été retardé par la crise. La famille Peugeot, qui détient 45% des droits de vote du constructeur, y songeait depuis un certain temps, mais la gestion de différentes urgences a prolongé l’échéance. Le départ de Christian Streiff, contrairement à ce que pourrait faire croire sa ressemblance avec le jovial acteur Dany Boon, s’explique par le fait que la greffe n’a pas pris dans le groupe. A cause de son caractère entier, beaucoup des dirigeants du groupe ont préféré partir. Et puis, il a eu du mal à se remettre d’un accident cérébral très sérieux l’an dernier. Ce n’est en tous cas pas la première fois qu’il quitte une entreprise brutalement. Il avait claqué la porte de Saint-Gobain, puis il a passé trois mois à la tête d’EADS, entre juillet et octobre 2006. Cette crise au sommet tombe évidemment mal. D’abord, pour le groupe PSA, qui n’a pas l’habitude de tels passages éclairs. Christian Streiff y est resté deux ans, contre dix ans pour son prédécesseur, Jean-Martin Folz, et quinze ans pour Jacques Calvet, le patron emblématique. La situation du constructeur, le deuxième européen, avec 54 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 2,9 millions de voitures vendues en 2008, est difficile comme celle de tous ses concurrents. Même Toyota va mal, c’est dire. La production pourrait encore baisser de 20 à 30% cette année. Les ventes plongent, pour de multiples raisons, dont l’une des principales est l’arrêt du crédit. Du coup, le groupe est passé dans le rouge, en perdant plusieurs centaines de millions d’euros et, surtout en devant accepter un prêt de 3 milliards d’euros de l’Etat. Il semble que la bagarre ait été forte, parce que Nicolas Sarkozy voulait que l’Etat entre au capital de PSA, comme chez Renault, et la famille Peugeot était radicalement contre bien sûr. Le départ de Christian Streiff va-t-il faciliter les relations avec l’Etat ? Peut-être. C’est vrai que le climat entre l’Etat et le groupe était exécrable. Le chef de l’Etat a exigé qu’il n’y ait pas de licenciement dans l’automobile en contrepartie de l’aide, ce qui n’est pas évident dans un secteur où la base de production baisse de 20%. Or, le groupe a déjà supprimé 18.000 postes en Europe depuis deux ans et prévoit d’en supprimer 11.000 de plus cette année, dont 6 à 7.000 en France, par des départs volontaires. Le seul engagement que Christian Streiff a accepté de prendre, c’est de ne pas fermer d’usines pendant cinq ans et de ne pas procéder à des licenciements « à l’heure actuelle ». Mais il avait publiquement ironisé sur le terme « relocalisation » utilisé par le gouvernement en expliquant qu’il ne voyait pas ce que cela veut dire. Quelles priorités pour son successeur, Philippe Varin, qui vient du sidérurgiste Corus. Il devra faire tenir le groupe pendant la tempête et définir une stratégie parce que la crise du secteur est structurelle aussi, il y a le crédit mais aussi les surcapacités et les changements d’habitudes des clients. PSA a un budget recherche-développement très important, mais Christian Streiff n’a jamais vraiment cru à la voiture électrique. Et puis, il y a ces rumeurs récurrentes d’un rapprochement avec Fiat. Ce coup de théâtre rappelle aussi, en pleine polémique politique sur les patrons, qu’être patron n’est pas de tout repos en ce moment.

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