La compagnie nationale vit une période qu’elle connaît bien et depuis longtemps, très longtemps. Dès qu’elle redresse le nez et va un peu mieux, hop, des incidents de parcours la mettent en péril, avec des responsabilités d’ailleurs sans doute partagées.

Aujourd’hui, une grève générale à l’appel de dix syndicats dont ceux des pilotes devrait fortement perturber le trafic, avec des centaines de vols annulés ou retardés. Ce mouvement suit ceux des 22 février et 23 mars et précède ceux programmés les 3 et 7 avril. Ce vendredi 30 mars, chacun l’a remarqué, c’est la veille du week-end de Pâques. Les syndicats revendiquent une hausse de 6% des salaires en invoquant plusieurs années de gel des rémunérations tandis que les pilotes - et c’est l’aspect presque comique - demandent 11%. La ministre Elisabeth Borne a commenté hier ce dernier chiffre d’un sobre (je la cite) : « C’est pas banal ». Non, ce n’est effectivement pas banal. Quand les comptes s’améliorent, il est légitime que les salariés, quand ils ont fait de gros efforts, en tirent bénéfice. Mais en réalité les comptes sont loin d’être aussi verts qu’ils le paraissent. Oui, le groupe Air-France/KLM a réalisé le meilleur résultat de son histoire en 2017, avec un bénéfice d’exploitation de 1,5 milliard d’euros. Mais dans le détail, c’est la partie néerlandaise, KLM, qui va bien : le bénéfice d’Air France est de 600 millions d’euros, moins de la moitié, alors que la compagnie tricolore réalise 72% du chiffre d’affaires global. La productivité, les coûts et les taxes diverses la tirent encore vers le bas.

Qui est responsable ?

Une hausse de 11% des salaires pour les pilotes, cela paraîtrait énorme, ils ne semblent pas les plus mal lotis. C’est le changement du ciel européen qui est responsable. Les clients plébiscitent les vols low cost qui grignotent chaque année les parts de marchés. Les compagnies à bas coûts ont généré 32% du trafic des aéroports français en 2016, cela grimpe chaque année et cela a sûrement été plus encore en 2017. Sans compter les grandes compagnies du Golfe sur-subventionnées par le Qatar ou les Emirats. Air France se débat comme un beau diable, a un service de qualité qui la distingue, crée des compagnies filiales low cost mais cela reste difficile. Et pourtant les grands groupes britanniques et allemands arrivent eux à bien résister. Il n'y a donc pas de fatalité pour la compagnie Air France à qui on demande seulement de faire moins parler d'elle.

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