Hier, l’Ever Given, porte-container géant qui était bloqué à Suez, a été remis à flot. L'incident qui a bloqué le canal de Suez pendant six jours n'est pas nécessairement porteur de leçons économiques. Sauf qu'il intervient à un moment charnière pour le fonctionnement du commerce international.

Des leçons à tirer de l'accident du porte-container qui bouchait le Canal de Suez ?
Des leçons à tirer de l'accident du porte-container qui bouchait le Canal de Suez ? © Getty / DigitalGlobe/ScapeWare3d

Puis-je vous dire la vérité ? Le fond du fond de ma pensée, c'est qu'il n’y a pas de leçons. C’est un incident, un incident qui a certes bloqué le canal de Suez pendant six jours, mais un incident qui résulte peut-être d’une erreur humaine. Et cet incident ne remet pas davantage en cause la mondialisation qu'un bouchon sur la route après un accident de voiture ne remet en cause le transport automobile !

Des portes-containers, il y a 6000 qui circulent sur toutes les mers, le canal de Suez en voit passer 5000 par an (sur 19 000 navires qui empruntent le  canal). Mais une fois cela dit, il me reste une minute trente et je dois quand même trouver quelques leçons à tirer ! 

Des bateaux aussi gros (400 mètres, 24 000 containers entassés dessus), est-ce de la folie ?

Peut-être, mais un gros bateau pollue moins et coûte moins cher que deux petits. 

Les moyens de sauvetage sont-ils insuffisants et les remorqueurs devraient-ils être plus puissants ? 

Peut-être. 

Les alternatives à la mer, comme le train, vont-elles en tirer parti ?

On pense à la voie de chemin de fer entre la Chine et l’Europe, la Route de la Soie chinoise. 

En 2020, 12 000 convois l’ont empruntée (par exemple, c’est comme cela que les Porsche partent en Chine), mais rappelons les proportions : un train transporte 40 containers seulement et cette ligne est compliquée, il faut changer de locomotives en Russie parce que les voies n’ont pas la même largeur. Bref, cet événement si beau en images ne change pas la face du monde.

Pourquoi cet événement arrive à un moment intéressant sur l’évolution du commerce international

Avec une année de confinements presque partout dans le monde, on ne fait plus de tourisme, on ne va plus au spectacle et au restaurant, du coup, les consommateurs dépensent leur argent en achetant des biens (et pas des services), et du coup il y a une tension phénoménale sur le commerce avec des pénuries partout.

Ces petits grains de sable dans les chaînes de production font que les entreprises arrêtent (un peu) ce qui était à la mode depuis 30 ans, le zéro stock, le flux tendu.

Enfin, et c’est l’essentiel, le commerce qui se développe, c’est au sein de chaque grande zone géographique pour quand même rapprocher un peu production et consommation. 

Et voilà la conclusion générale : la mondialisation se régionalise. Un peu.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter