Focus sur les dépenses d’assurance maladie, notamment la progression rapide du nombre de Français qui bénéficient d’une couverture à 100% parce qu’ils sont atteints par une maladie grave.

Avec d’autres données, la publication hier du rapport annuel du Haut conseil pour l’avenir de l’assurance maladie apporte un éclairage intéressant sur les causes profondes de l’évolution des dépenses de santé. Surtout celles financées par la collectivité. Et une réalité apparaît : l’origine de la hausse est, de plus en plus, le régime des Affections de Longue Durée (ALD), qui assure une prise en charge à 100% par la Sécurité sociale des soins en cas de maladie grave, cancer, diabète, Alzheimer, AVC, problèmes cardiovasculaires, etc. Il faut souligner tout de suite, pour être clair (mais on y reviendra) que ce dispositif mérite d’être défendu et non d’être remis en cause.

Que disent les chiffres les plus récents ?

Désormais, 15% de la population, un Français sur sept, 8,6 millions au total, sont concernés par ce régime des ALD. Ce nombre a encore grimpé de 4% en 2009. Les ALD représentent quasiment 80 milliards d’euros et près de 60% des dépenses de remboursement -contre 44% en 2002– je m’arrête là pour les chiffres.

Quelles sont les explications de cette évolution ?

Elles sont sans surprise. Un : les facteurs démographiques, bien sûr, avec le vieillissement. L’espérance de vie s’allonge mais l’espérance de vie avec une maladie grave aussi. Deux : des raisons épidémiologiques, avec des pathologies sévères, on pense par exemple à l’obésité. Trois : le progrès des programmes de dépistage qui permettent de détecter plus tôt certaines maladies. Les diabétiques sont ainsi de plus en plus nombreux à entrer en ALD. Voilà pour les explications à cet envol des dépenses. Ce sont des tendances lourdes.

Cet élargissement constant de ce dispositif est-il inquiétant ?

Et faut-il le resserrer pour des raisons financières? Inquiétant, oui, mais il n’est en rien choquant. Inquiétant, oui, évidemment, parce que la hausse du "coût" des ALD, des maladies graves, représente depuis des années 80% à 90% de la dérive des dépenses de santé. Mais ce dispositif n’a rien de choquant même s’il coûte de plus en plus cher. C’est l’honneur d’un pays développé et riche de prendre en charge les soins des personnes atteintes de maladies graves et parfois fatales, de leur « assurer » qu’elles seront soignées. C’est un choix de société même si les traitements coûtent plus cher -parfois plusieurs millions d'euros par an.

Ce n’est donc pas là que des économies peuvent être faites ?

Pour l’essentiel, non. A la marge, des choses peuvent être faites, sur des frais annexes, avec l’examen attentif de la liste des maladies (une trentaine) de la catégorie ALD, avec l’utilisation plus massive de médicaments génériques et l’organisation des hôpitaux. Mais comme tout ne se règlera pas avec plus de prélèvements sociaux, il faudra bien faire des économies. Pour que la prise en charge des maladies graves soit garantie, il n’y aura pas d’autre choix dans l’avenir qu’être plus vigilant et restrictif sur la prise en charge des soins ordinaires des gens en bonne santé. A petit risque, petit remboursement ; à gros risque, gros remboursement.

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