Après 62 ans de bons et loyaux services, la télévision analogique s’est éteinte hier. Toute la France a basculé dans l’ère de la télévision numérique terrestre.

Oui, et contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas la fin d’une histoire mais le début d’une autre. Plus précisément, ce n’est pas seulement une étape technologique, mais bien une nouvelle étape économique qui commence, avec un défi pour les chaînes de la TNT. Sur le plan technique, tout va bien. En deux ans, 97% des Français ont accédé à la TNT tout en gardant leur « râteau » sur le toit. Pour la moitié des Français qui ne reçoivent pas la télé par câble, satellite ou Internet, c’est une révolution. Avant, ils avaient sous les yeux cinq chaînes gratuites et une payante (Canal +) ; aujourd’hui, ils ont accès à une douzaine de petites nouvelles venues, comme TMC, Gulli, BFM TV et I-Telé. Ce sont parfois des robinets à images, avec la centième rediffusion de Navarro ou Derrick, mais l’offre s’est multipliée. L’Etat, lui, a touché le jackpot : 3 milliards d’euros avec la vente aux opérateurs de télécoms des canaux libérés, les licences 4G.

Mais c’est aussi un nouveau match qui commence ?

C’est le plus intéressant. La fin de l’analogique, c’est l’heure de vérité pour les petites chaînes gratuites de la TNT. D’abord, en termes d’audience. En six ans, pas à pas, elles ont grignoté des parts de marché - 25% du total aujourd’hui - au détriment des dinosaures, TF1, France Télévision, M6. Bravo ! Mais attention : en réalité, l’audience de ces petites chaînes a d’abord été mécaniquement dopée par l’extension de la couverture géographique. Maintenant, on va voir leur vrai talent, si elles continuent leur percée ou plafonnent. Gros défi. L’autre question, c’est la publicité. Au début, le gâteau publicitaire a grandi avec le nombre de chaînes, pas de problème. Mais les prix ont fini par baisser et certaines petites chaînes sont au bord de l’asphyxie.

Et elles n’ont pas fini d’être bousculées ….

Non, parce que le Conseil supérieur de l’audiovisuel a décidé de lancer six nouvelles chaînes TNT dans un an. Cela affole les calculettes des directeurs financiers des chaînes existantes. Et le PAF (le paysage audiovisuel) va encore bouger. Il y avait déjà l’individualisation croissante de la demande, avec la catch up TV (TV de rattrapage) et la VOD (vidéo à la demande). Est en train de venir l’atomisation de l’offre, avec la création de chaînes sur Internet, par des fédérations sportives, et pourquoi pas des partis politiques. Et, fin du fin, la TV dite connectée se prépare, en clair la possibilité d’avoir Internet sur l’écran télé.

Cela veut dire que les chaînes classiques sont toutes menacées ...

Voilà en tous cas des matchs dont le téléspectateur-internaute va raffoler. Mais oui, il y aura des morts, chez les gros et les petits. Même si - avis personnel -, je ne crois pas qu’Internet tuera Jean-Pierre Pernaut parce le désir de programmes fédérateurs (fictions ou informations) restera. Le PAF n’a pas fini de palpiter.

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