Le mouvement des Gilets Jaunes illustre le rapport que les Français entretiennent avec leur voiture. Contrairement à une idée reçue, ils ne s'en détachent pas : le nombre de véhicules circulant continue d'augmenter.

Les départs au travail ... ou en week-end
Les départs au travail ... ou en week-end © AFP / PIERRE ANDRIEU / AFP

La protestation, qu’elle soit directe par les gilets jaunes (très faible cette semaine) ou par procuration par les Français qui les soutiennent dans les sondages, déborde largement la question des carburants. 

Mais elle a quand même démarré par ces sujets et cela dit quelque chose du rapport qu’entretiennent les Français avec la voiture, leur voiture. Coïncidence, plusieurs informations éclairantes sont sorties ces derniers jours. 

Elles confirment que les Français, contrairement à une idée reçue et un peu parisienne, ne se sont pas du tout détachés de l’objet voiture. 

On apprend d’abord que presque 40 millions de véhicules, voitures, camionnettes, camions, circulent sur nos routes -6 millions de plus qu’en 2000 (infos ici et ici). La majorité sont des voitures particulières, presque 33 millions (hors véhicules de plus de 15 ans, non comptabilisés), soit une pour deux Français. Leur nombre ne diminue pas et si on tient compte de la hausse de la population, la proportion augmente même très légèrement. 

Le nombre de kilomètres parcourus chaque année est quant à lui étonnement stable depuis longtemps, 13.000 kms en moyenne, ce qui contredit l’idée qu’on roule de plus en plus pour aller travailler. 

Ce sont des moyennes : un ménage parisien sur trois a une voiture, contre neuf sur dix en Bretagne. Si des citadins en ont moins, d’autres Français en ont deux ou trois. Bref, les Français aiment et ont besoin de voitures et ils ont pu en acheter malgré la crise financière parce qu’elles sont moins chères. 

L’attachement est donc réel et le déclin de la voiture viendra peut-être, mais on ne le voit pas aujourd’hui quand on regarde le parc global.

Les Gilets Jaunes seraient aussi, nous apprend une note de la Fondation Jean-Jaurès, l’expression d’une vraie lutte des classes.

la Fondation Jean-Jaurès a réalisé une étude intéressante. Elle décrit la classe diesel contre la classe essence, la classe urbaine contre la classe rurale, la classe supérieure contre les ouvriers. 

Concrètement, plus on s’éloigne des centres-villes importants, plus le taux de véhicule diesel augmente. Ce n'est pas totalement une surprise, mais c’est spectaculaire et on comprend pourquoi c’est la hausse du prix du gazole qui a allumé la mèche.

C’est aussi la dépendance à la voiture qui motive le soutien aux gilets jaunes. Le parallèle peut être fait aussi avec les prix de l'immobilier.

Enfin, 29% des cadres seulement les soutiennent, contre 62% des ouvriers. 

Bref, la transition écologique réactiverait la lutte des classes sociales et la lutte géo-sociale entre les métropoles et les périphéries. 

Cette analyse est intéressante, on le disait, mais est-elle très utile ? Disons qu'elle est très large et qu'au-delà de l'empathie que ce mouvement a suscité au départ, la réponse à y apporter n'est pas claire du tout

Au total, les bobos contre les ruraux, la formule est caricaturale, mais a un fond de vrai - mais l'inverse est tout aussi juste : elle a un fond de vrai mais est caricaturale  ! 

Conclusion ? Le gouvernement, qui a beaucoup hésité sur un moratoire des hausses de taxes, consentira d’autres gestes, mais nul ne sait lesquels répondront à une attente finalement beaucoup plus large.

ECOUTEZ LE PODCAST DE RADIO FRANCE "AGIR POUR MA PLANÈTE" :

A l'occasion de la COP24, retrouvez toutes les émissions et les chroniques sur le changement climatique, par les antennes de Radio France. Quel est l'impact du réchauffement climatique sur l'environnement ? Quels dangers, quelles solutions ? A retrouver sur iTunes, sur Deezer ou en fil RSS

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.