L'appli TousAntiCovid a dépassé les 10 millions d'utilisateurs, mais le recours aux outils numériques reste très faible dans la lutte contre le virus. La France gagnerait à s'inspirer du quart de ce que l'Asie a mis en oeuvre (pas plus mais pas moins).

L'appli TousAntiCovid
L'appli TousAntiCovid © AFP / STÉPHANE FERRER YULIANTI / HANS LUCAS / HANS LUCAS VIA AFP

L’application TousAntiCovid a dépassé les 10 millions de téléchargements ce week-end. Précisément, cette « appli » disponible sur nos téléphones portables avait été téléchargée 10,3 millions de fois ce matin à 7 heures. 

La progression est spectaculaire depuis quelques semaines, mais ce résultat n’est hélas pas si brillant qu’il y paraît. TousAntiCovid a souvent été installée parce qu’on y trouve l’attestation de sortie préremplie. 

En revanche, les personnes malades du Covid sont peu nombreuses à se déclarer sur l’appli (seulement 50.000 pour l'instant – quatre jours de contagion), et du coup l’appli avertit peu de personnes qu’elles encourent un risque. 

Ce week-end, quelques paramètres techniques ont été modifiés, mais cela ne répond pas à la question clé : pourquoi, dans ce déconfinement, utilisons-nous si peu les outils technologiques ? 

C’est un paradoxe. La quasi-totalité des Français regarde son smartphone 100 fois par jour, est géolocalisé dix par jour par des services marchands plus ou moins fiables, et nous utilisons une fois par jour une appli pour calculer un itinéraire. 

Mais il y a la crainte d’une immixtion de l’Etat dans nos vies privées. Osons le dire : c’est insensé. Quelle est la plus grande atteinte à notre liberté, profiter d’outils utiles, ou remplir une attestation pour sortir le bout du nez de chez soi, à un ou 20 kilomètres maximum, ou fermer les commerces ? La réponse saute aux yeux.

Du coup, le gouvernement est d’une prudence de Sioux. Cédric O, secrétaire d’Etat au numérique, discute avec les restaurants, bars et salles de sport, pour réfléchir à un système de QR Code à flasher à leur entrée quand ils ouvriront, l’objectif étant que les clients soient avertis s’ils ont croisé un malade. Mais il est un peu seul sur ce coup-là. 

Pourquoi cette réticence collective ? On invoque classiquement les différences culturelles entre l’Europe et l’Asie, Asie qui est allée loin avec la technologie, et pas seulement la Chine. En Corée et à Taïwan, les déplacements des malades sont tracés par GPS pour vérifier qu’ils restent chez eux. Ici, ce n’est pas possible, heureusement ! 

Mais la réticence à mettre en place seulement le quart de ce que pratique l’Asie est sans doute d’origine générationnelle : les plus âgés, y compris ceux qui exercent les responsabilités, sont plus frileux que les plus jeunes. Le faible recours aux outils numériques est tout de même étonnant dans la mesure où Emmanuel Macron a à peine plus de 40 ans.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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