L’édito éco par Jean-Marc Vittori, du journal « Les Echos ». ___Il nous faudrait deux planètes pour produire tout ce que nous consommerons en 2030 : c’est le résultat troublant d’un rapport publié hier par le WWF, le Fonds Mondial pour la Nature. Allons-nous devoir émigrer vers la planète Mars ? Difficile à imaginer, mais ce qui est sûr, c’est que nous ne pourrons pas continuer à consommer toujours plus comme nous l’avons fait ces dernières décennies, tout simplement parce que les ressources de la planète diminuent. "L’empreinte écologique", comme l’appelle le WWF, grandit à un rythme insoutenable. Prenons par exemple le pétrole. Il a fallu des millions d’années pour le produire. En un peu plus d’un siècle, nous en avons brûlé 1.000 milliards de barils. Il y en a donc moins dans le sol, et ça coûte de plus en plus cher d’aller le chercher. Et puis, quand on brûle ce fameux pétrole, ça dégage du CO2, et il est très probable que ça change le climat - ça fait deux bonnes raisons de faire autrement. La France est-elle dans le même sac que les autres ? Oui… et non. Oui, car il nous faudrait à chacun cinq hectares de terre, et de mer, pour produire ce que nous consommons sans épuiser la planète. Or, nous n’avons que trois hectares. Notre empreinte dépasse nos ressources. Mais il y a aussi un non. Car depuis 30 ans, cette empreinte est stable, alors que celle du monde a augmenté de moitié, celle d’un pays comme l’Espagne a doublé. Nous avons réussi à produire beaucoup plus sans accroître notre pression sur l’environnement. Les moteurs des voitures sont plus efficaces, notre électricité vient du nucléaire et les industriels ont beaucoup rationalisé leur usage de l’énergie. Il faudra bien sûr aller plus loin. L’Allemagne réduit son empreinte depuis plus de 20 ans. Si on agit trop mal, ou trop tard, il faudra sûrement se serrer la ceinture pour sauver la planète. Il y a d’ailleurs des apôtres de la décroissance, qui se taillent leur petit succès. Mais on a aussi le droit d’être mâlin, de faire mieux, de produire plus propre, d’imaginer de nouveaux services qui contribuent à notre bonheur aussi sûrement qu’un nouveau portable sans avoir besoin de plastique ou de cuivre. L’exemple allemand prouve qu’on peut combiner recherche de la croissance et respect de l’environnement. Mais évidemment, ça demande beaucoup d’efforts. Avec la crise financière, c’est presque le même problème. D’abord, ça ne peut plus continuer comme ça. Pour se sortir du pétrin où nous sommes fourrés, il faut imaginer de nouvelles règles. Ensuite, seul l’Etat peut les imposer, tout en laissant sa place au marché. Enfin, c’est un problème de stock. Au cœur de la crise financière, il y a un stock de dettes, qu’on a accumulées n’importe comment. Au cœur de l’écologie, il y a un stock naturel, qu’on a pillé sans même s’en rendre compte. Chaque fois qu’on oublie les stocks, ou chaque fois qu’on les maltraite, ils nous reviennent à la figure.

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