Ce matin, Dominique Seux souhaite répondre à Marine Le Pen qui était notre invitée hier matin et qui a beaucoup parlé d’économie.

Oui, elle était l'invitée hier matin à 8 heures 20, et elle a évoqué plusieurs questions économiques. Elle a ainsi défendu l’idée de récréer des barrières commerciales aux frontières, assuré que l’abandon de l’euro nous redonnerait une vraie liberté, et critiqué tout le projet européen. Il peut être utile d’apporter des précisions sur ces points. Et je ne les apporte pas par dépit, ces précisions ! Pourtant, la présidente du Front National m’a indiqué, avant d’entrer en studio, qu’elle jugeait inutile de lire la presse économique mais qu’un jour, peut-être, elle regarderait le quotidien Les Echos

« L’Europe est le seul continent à ciel ouvert sur le plan commercial », dit-elle.

C’est ce qu’on entend souvent, mais c’est moins vrai qu’on ne le dit. Dans le domaine agricole, l’Europe sait se protéger sur certains produits, comme la viande bovine. Aux Etats-Unis, ce sont les produits laitiers qui sont derrière un filet douanier, mais d’autres secteurs sont très ouverts. S’agissant de l’industrie, le commerce est globalement libre partout dans les grands pays. La seule vraie différence Europe-Etats-Unis concerne les marchés publics : les entreprises américaines sont systématiquement préférées. En réalité, nous sommes insérés dans le commerce international, nous exportons un cinquième de ce que nous produisons et notre pouvoir d’achat y a largement gagné. Si nous remplacions ce que nous achetons à la Chine par des produits made in France, cela nous coûterait à chacun 100 à 300 euros de plus par mois. Certes, l’Europe doit être moins naïve, mais Astérix et le village gaulois, c’est de la bande dessinée. On peut avoir (on doit) des évolutions, mais faire croire à une révolution est trompeur.

Marine Le Pen assure aussi que le retour au franc nous redonnerait de la liberté.

De la liberté, sans doute, mais quelle liberté ? Le Front National répète - comme d’autres - que la France meurt de l’euro fort. Oui, la BCE devra peut-être un jour avoir une politique de change pour ne pas être l’idiot du village mondial ; encore faut-il rappeler simplement que si l’euro est fort, c’est parce que la zone euro a un excédent de ses comptes courants, en clair exporte plus qu’elle n’importe - alors que les Etats-Unis sont en déficit. Et le retour au franc, c’est la garantie de dévaluations en cascade et donc de voir le litre d’essence à l’équivalent aujourd’hui de deux, trois ou quatre euros.

Dernier point du FN, l’euro est responsable de nos maux.

On pourrait facilement dire que les pays anglo-saxons, qui n’ont pas l’euro, ont été la cause de et ont subi la crise. Mais oui, c’est vrai, l’euro, qui aura 15 ans en janvier, (déjà et en même temps, c’est peu) a déçu. Certains de ses partisans se détournent. En réalité, la question est politique : ou l’euro va de l’avant avec une intégration et une solidarité plus poussées, avec un vrai désir de l’Allemagne, de la France et des pays du Sud ou il mourra. La force de la lecture du monde du FN est sa simplicité apparente parce qu’il y a une fatigue de la complexité. Mais c’est une facilité.

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