Cet édito est présenté aujourd'hui exceptionnellement par Laurent Guez

Un amendement adopté en première lecture à l’Assemblée, dans la nuit de mardi à mercredi, suscite depuis hier une poussée de colère chez les entrepreneurs. Ces protestations sont-elles justifiées ?

Ecoutez, si cet amendement, qui a été déposé par le député socialiste Gérard Bapt, va au bout du processus parlementaire, eh bien oui, les créateurs et les dirigeants d’entreprise vont être furieux. Les pigeons pourraient faire très vite leur grand retour, et se mettre à roucouler tout rouge. De quoi s’agit-il ? Pardonnez-moi, mais je vais être un tout petit peu technique : ce texte prévoit de soumettre aux cotisations sociales les dividendes des sociétés anonymes et ses SAS, les sociétés par actions simplifiées, qui en étaient jusqu’ici exonérées. Ces dividendes versés à leurs actionnaires par des PME ou par des start-up seraient soumis aux mêmes cotisations que s’il s’agissait de salaires, soit au total un prélèvement de 60% ! C’est énorme, quand on sait que le dividende ne récompense pas un travail, mais un risque pris par un investisseur.

Encourager l’investissement dans les PME fait justement des priorités du gouvernement. Ce n’est pas contradictoire ?

Si, bien sûr, même si Bercy a précisé, dans la soirée, que seuls les gros montants de dividendes seraient frappés. Mais il s’agit là d’un signal catastrophique envoyé aux entrepreneurs, qui étaient précisément en train de changer d’attitude, depuis que François Hollande, son premier ministre et son jeune ministre de l’Economie se sont mis à jouer à l’unisson une musique pro-business.

En fait, Emmanuel Macron n’est pas aussi libéral que sa caricature le laisse entendre. Dans cette affaire, il s’est mis en tête que les grands groupes distribuent trop de dividendes, au lieu de créer des emplois. Le lien entre les deux est loin d’être évident, encore moins pour des petites sociétés non cotées.

En fait, un seul argument peut justifier ce tour de vis : certains dirigeants se payent très peu en salaire, et beaucoup en dividendes, uniquement pour être moins taxés… Ce système est d’ailleurs tout à fait légal, et je vous assure que ceux qui le pratiquent n’ont pas l’impression de voler qui que ce soit. Seulement voilà, l’impact de ces pratiques sur les organismes sociaux, selon certaines évaluations, ne dépasse pas quelques dizaines de millions d’euros... chiffre à rapporter au déficit de la Sécurité sociale, qui devrait frôler les 15 milliards l’an prochain ! Franchement, si c’est pour économiser si peu qu’on prend le risque de décourager des investisseurs et des créateurs d’entreprise, c’est une très mauvaise idée. Si le gouvernement le veut bien, il peut encore la remballer.

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