Vous évoquez un discours que le Pape François a consacré samedi à l’Europe.

Oui, c'était lors d’une rencontre entre des responsables chrétiens et des personnalités comme le président du Parlement européen. Et il a -pardonnez l’expression- remonté les bretelles de l’Europe, accusée de (je cite) «stérilité dramatique», stérilité dans les deux sens, propre et figuré. Mais -et cela concerne davantage l’économie-, il a aussi taclé une sorte d’économisme européen, quand les chiffres remplacent les hommes et les femmes. C'est une interpellation sérieuse. En Europe (je le recite), «il n'y a pas les citoyens, il y a les suffrages. Il n'y a pas les migrants, il y a les quotas. Il n'y a pas les travailleurs, il y a les indicateurs économiques. Il n'y a pas les pauvres, il y a les seuils de pauvreté». La thèse : il y a trop d’abstrait, de raisonnement, davantage que le concret des personnes. 

Alors ? Certains diront : bien sûr, c’est vrai ! D’autres rétorqueront : c’est bien gentil mais quand on gouverne la bienveillance ne suffit pas, les éléments et la réflexion comptent. Oui. Mais là où ce Pape a raison, c’est que le débat européen s’est trop longtemps focalisé sur le seul respect (ou pas) de critères (par exemple de déficit public), de quotas (d’immigration), sur les frontières (commerciales) ou les bagarres fiscales. Sujets importants mais malgré tout vides de sens profond. C’est en train de changer mais il reste à trouver la part de rêve y compris économique après le progrès technique et la libre circulation. Candidat possible : la lutte contre le réchauffement. Au-delà, la ligne de crête entre le macro et le micro, l’analyse globale et le récit local, est une question qui se pose tous les jours à tout ceux qui s’expriment, notamment nous.

Et comment ce Pape argentin voit-il ce vieux continent européen ?

Il est critique, il parle même de trahison des idéaux européens. Pourtant, quand il définit les valeurs fondatrices de l’Europe, c’est peut-être au fond un hommage en creux qu’il livre. L‘acquis existe. L’Europe, dit François, doit être, partout, un lieu de dialogue et former une communauté. Oui, il certes, il y a des échecs (Brexit, Catalogne, populisme) mais au total elle reste quand même cela. Elle doit être un espace de solidarité : c’est le continent du monde où il y en a le plus -de loin. Enfin, l’Europe doit être un continent de paix  : y en a-t-il d’autres qui le sont plus et même autant ? La réponse est dans la question.

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