L’Insee a publié il y a un quart d’heure le chiffre de la croissance française au troisième trimestre.

Oui, et ce chiffre, c’est + 0,4% entre juillet et la fin septembre. Pour résumer les choses simplement, disons que « cela va mieux », mais que « cela va mieux mollement ». 

Cela va mieux parce +0,4%, c’est deux fois plus qu’au premier et qu’au deuxième trimestres. En cela c’est plutôt une bonne nouvelle, même si on a vu qu’elle ne se traduisait pas par une baisse du nombre de demandeurs d’emplois inscrits à Pôle Emploi. 

Mais cela va mieux mollement parce que l’Insee espérait +0,5% et, surtout parce que cette accélération par rapport au début de l’année est en partie technique, certains diront même artificielle. 

Je vous donne un seul exemple. La grève à la SNCF avait pesé sur la croissance du deuxième trimestre, cela explique en partie le rebond. 

Bref, c’est un peu tôt pour savoir si l’économie est bien repartie après son trou d’air. Ce qui est en revanche certain, c’est que le climat européen et international s’assombrit, essentiellement pour des raisons politiques. 

Où que l’on tourne l’horizon, le ciel est couvert. A l’ouest : foucades et menaces américaines, longue négociation et incertitudes sur le Brexit ; Brésil qui roule vers l’inconnu ; au Sud, coups de menton italiens ; à l’Est : flottements allemands et plus loin, beaucoup plus loin, ralentissement chinois. Au total, le moral des entreprises qui exportent a de quoi vaciller.

Mais l’essentiel va au-delà.

L’essentiel, c’est de savoir si l’Europe va rebondir politiquement pour rebondir économiquement. Je vous cite la formule utilisée il y a quelques jours par Nathalie Loiseau, ministre des Affaires européennes, qui est d’un pessimisme inouï. L’Europe est en train de jouer à cinquante nuances de brun, a-t-elle dit dans les colonnes de notre confrère Le Monde. 

Vous avez bien entendu : de brun. 

Au-delà, on voit bien que la sortie programmée d’Angela Merkel ouvre une période difficile pour les avancées qu’il faudrait faire en Europe et dans la zone euro. L’Allemagne était aux abonnés absents depuis un an, on ne voit pas ce qui pourrait changer à court terme. Emmanuel Macron se retrouve donc seul sur ce terrain. 

Cela veut dire Un : qu’il est jusqu’à maintenant probablement monté sur un mauvais cheval en donnant la priorité aux réformes économiques en Europe alors que les peuples attendent des protections. 

Deux : qu’il existe une petite fenêtre de tir pour que la France fasse entendre une voix originale sur le vieux continent. Mais cette fenêtre a la taille du chas d’une aiguille et elle serait plus ouverte si notre croissance faisait envie à  l’Europe, ce qui n’est pas le cas.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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