L'édito éco de Dominique Seux du journal "Les Echos". Les développements de la crise amènent chaque jour de nouvelles surprises. Hier soir, on pouvait s’attendre à commenter la journée folle vécue en bourse par le secteur bancaire européen, et puis et puis le vote incroyable du Congrès contre le Plan Paulson même remanié est intervenu, provoquant une chute historique du Dow Jones à New York. Ce vote - qui n’est peut-être pas définitif on verra cela - est très signifiant. Historique même si on n’a pas peur des mots. Cela n’est pas seulement le vote d’élus qui sont en campagne électorale. Pas seulement la décision d’élus qui n’ont pas compris la situation ou qui jugent que le plan ne règle pas techniquement les choses. Ce vote montre la fin d’une époque, celle de la finance-reine, une époque qui a duré une vingtaine d’années est terminée. Ce vote, c’est un vote anti-Wall Street venu des profondeurs de l’Amérique qui refuse de payer pour les abus du système financier. Evidemment, il y a un côté injuste parce que c’est toute l’Amérique qui a abusé de l’endettement et du crédit. Il est intéressant aussi de noter que ceux qui ont voté contre ce plan trop cher pour les contribuables sont les Républicains qui ont dérégulé les marchés. Mais, si on ajoute la prise de position des conservateurs britanniques qui veulent eux aussi que La City paie pour la crise, ou celle des Allemands, on se dit qu’un climat politique, social peut-être, est en train de se créer qui va durer longtemps. En attendant, la crise continue. Qu’est ce qui peut l’arrêter ? Honnêtement, c’est difficile à savoir. Ce qui est terrible, c’est que l’on ne peut pas dire que les autorités publiques, les banques centrales, les gouvernements, sont incompétents dans cette crise. Ils tâtonnent mais ils font ce qu’ils peuvent. Sans succès. Alors, il y a deux questions actuellement. Sur les marchés boursiers, la part d’irrationnel est énorme, c’est un peu le casino, des établissements bancaires sont attaqués alors qu’ils n’ont pas grand-chose à voir avec les subprimes. Hier, le franco-belge Dexia, le banquier des collectivités locales en France, a été pris pour cible parce que sa filiale américaine a un peu souffert. A qui le tour ? La deuxième question, c’est celle du crédit entre les banques. Comme elles n’ont plus confiance les unes dans les autres, le robinet est fermé. C’est donc les banques centrales qui créent de la monnaie en centaines de milliards. Mais çà, elles ont raison. La clé de tout, c’est la confiance. Mais hélas, elle ne se décrète pas. Les séances vont être extrêmement chahutées en Europe. Nicolas Sarkozy, qui réunit aujourd’hui les banques et les assurances, fait ce qu’il peut pour dire que l’Etat fera tout ce qu’il faut, que les Français n’ont rien à craindre pour leur épargne, leurs dépôts. Tous les gouvernements font la même chose en Europe, pas d’une seule voix c’est dommage, mais ils vont dans la même direction. Il faut absolument éviter que l’effondrement d’un certain modèle bancaire devienne un effondrement économique. Pour l’instant, çà n’est pas le cas. L’activité a ralenti, elle est à zéro ou un peu moins, mais çà n’a rien à voir avec 1929 sur la vie réelle. C’est çà qu’il faut éviter. Si la situation n’était pas si sérieuse, je dirais qu’après les années casino, il faut éviter que la banque saute.

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