**Le budget 2010 est donc présenté ce matin... Et la politique se niche aussi là où on ne l’attend pas.Je ne vais pas vous parler du déficit et des impôts. Toute la journée, vous entendrez la majorité vanter un budget « volontariste » - ce qui, quand on y réfléchit, est le minimum - et l’opposition débiner une copie « insincère et injuste » - ce qui est peu original. On y reviendra peut-être demain. Non, le point intéressant est le scénario économique sur lequel s’appuie ce budget. Pourquoi ? Parce que pour la première fois, Bercy se montre, sur la croissance 2010, plus pessimiste que les économistes privés. Le gouvernement a retenu + 0,75% tandis que 17 instituts privés prévoient, eux, + 1,1% en moyenne, certains étaient très au dessus. La différence a l’air ridicule, en fait non, ne serait-ce que parce que cela fait des milliards d’euros de recettes en plus ou en moins. D’habitude, les économistes disent un chiffre, le ministre des Finances en choisit un autre, les journalistes disent que le gouvernement pêche par optimisme et tout le monde est à sa place ! Alors, cette année, que se passe-t-il ?Il y a une lecture économique et une autre politique. La première lecture est défendue par Christine Lagarde. La ministre a retenu 0,75% par prudence dans l’océan de flou actuel. Dans les couloirs de Bercy, on ironise sur les instituts privés girouettes. Dès que le vent tourne, et le vent c’est la Bourse, ils voient tout en rose et la reprise en V. En fait, pour Bercy, la grande question n’est pas de savoir s’il y a un rebond : il est là. C’est de savoir s’il va faire pschitt en 2010 parce la demande privée, celle des entreprises, des particuliers, ne prendrait pas le relais des plans gigantesques de relance. Par exemple, la consommation sera forcément molle avec plus de chômage. Et le prix du pétrole remontera. Enfin, le re-décollage est acquis en Asie, pas aux Etats-Unis. La meilleure preuve de ce brouillard est que les prévisions privées font le grand écart, vont de + 0,2% à 2,2%. Voilà pourquoi Bercy est prudent. Et la lecture politique ?Alors là, c’est plus subtil mais c’est l’idée qui court dans les états-majors de partis et chez les économistes qui, eux, sont persuadés que la France remontera plus vite que d’autres parce qu’elle a moins baissé. Pour eux, pour dire les choses trivialement, le gouvernement prévoit bas parce qu’il veut en garder sous le pied. Après avoir constamment eu des mauvaises surprises, Nicolas Sarkozy se réserverait la possibilité d’en constater de bonnes plus tard. Sur la croissance mais aussi sur les recettes fiscales qui gonflent avec elle, la TVA, l’impôt sur les sociétés. Il sera difficile de parler de cagnotte mais au printemps, avant les régionales, cela tomberait bien de pouvoir vanter les effets des plans de relance. Et avec un peu de chance, un enchaînement vertueux se poursuivrait jusqu’en 2011. Voilà la lecture politique. Laquelle de ces lectures est la bonne ? …entre le 0,75% par réalisme et le 0,75% par calcul ? Les deux ne sont pas incompatibles. C’est habile parce que cela désarme les critiques sur ce plan en tous cas. Mais pour juger le budget, mieux vaut donc se rappeler que le choix du scénario économique est aussi très politique.**

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