François Baroin n'a pas hésité à dire que le budget pour 2011, qu'il a présenté hier, est « historique ». C'est juste un « élément de langage » (comme on dit) ou bien c'est plus ?

C'est normal qu'il dise cela, le budget est LE rendez-vous annuel de la politique économique – c’est encore plus vrai pour un ministre du Budget ! Plus sérieusement, il y a indiscutablement un tournant. Le début du quinquennat avait été dominé par les baisses d'impôt du paquet fiscal ; le milieu l'a été par le plan de relance et le grand emprunt. Le dernier tiers (lui) est marqué par la rigueur. Il y a les retraites. Il y a donc la Loi de finances, dont la préparation a commencé en pleine crise de l'euro et de la Grèce. Le paradoxe est que Nicolas Sarkozy a décidé et assume ce virage -qui ne touche pas la sécurité sociale, on l'a dit hier-, mais qu'il n'entend pas apparemment en faire un point clé de sa rentrée au même titre que la sécurité, l'immigration ou la fin de la retraite à 60 ans : il y a eu zéro déclaration de sa part hier sur le budget.

Sur le fond, est-ce qu'on peut parler de rigueur ou même d'austérité ?

Comme toujours avec les budgets qui sont des animaux très complexes, il y a deux lectures. Les uns dénoncent des mesures qui cassent le modèle social ; les autres trouvent que c'est de la fausse rigueur. Si on regarde les choses à la loupe, Bercy qui annonce un gel des crédits des ministères, c'est un vrai coup de frein. Le blocage du point de la fonction publique en 2011, c'est « lourd », c'est la première fois depuis près de dix ans. La baisse du nombre de fonctionnaires, enfin, est confirmée : entre 2003 et 2012, 180 000 postes auront été supprimés. Bref, c’est du concret. Du côté des impôts, on passe des baisses aux hausses. Cela dit, en dépit des coups de trompette, et des mesures sur les entreprises et les épargnants, c’est moins violent qu’on ne le dit : la seule mesure qui touchera tous les Français est la hausse de la TVA sur les boxes Internet. C'est une première version des choses.

Et l'autre lecture ?

C'est la lecture des grincheux ! Elle consiste à se dire que ce n'est pas un effort historique sur les déficits, mais simplement un effort sur des déficits historiques ! La dette va continuer d'augmenter, les intérêts de cette dette vont dépasser le budget de l'éducation nationale et l'effort est moins élevé que ce qui se fait en Grande-Bretagne ou en Espagne. Hier soir, l'écart entre les taux d'intérêts français et allemand s'est légèrement accru, ce qui montre que les marchés doutent un peu.

Alors, la conclusion, c'est quoi ?

Que ce budget va dans la bonne direction, que le tournant est amorcé mais aussi que les déficits seront au coeur de la campagne de 2012 ! C'est aussi qu'avec 6% de déficit en 2011, la France ne sera dépassée dans le royaume des Etats impécunieux que par deux pays, l’Irlande et la Grèce. Deux seulement ! Ce qui, sans faire insulte à nos voisins européens, n'est pas très glorieux.

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