Le patronat fait sa rentrée aujourd’hui avec l’université d’été du Medef, installée pendant trois jours sur le campus d’HEC, en région parisienne.

Pour la première fois depuis longtemps, on peut dire que le patronat a fait sa rentrée avant cette rentrée officielle de l’université d’été de Jouy-en-Josas. Ces derniers jours, il a investi le débat public sur plusieurs sujets importants. Il se fait entendre, et c’est plutôt une bonne nouvelle. Mi-août, Maurice Lévy, le patron de Publicis, mais aussi et surtout celui de l’Association des grandes entreprises privées, l’Afep, le lobby ultra sélect du CAC 40, avait dit banco à une contribution des plus riches au redressement des comptes publics. Il a été rejoint par une dizaine de très grands patrons, ceux de l’Oréal, Total, la Société Générale, PSA etc. Depuis lundi, seconde salve : Laurence Parisot, du Medef, multiplie les prises de parole sur un autre sujet, la crise financière de l’Europe. Une des causes en est, selon elle, un complot américain, des tentatives de déstabilisation des marchés, contre l’euro. Dans la bouche d’une responsable publique, la formule fait du bruit.

Séance plénière de l'université d'été du MEDEF
Séance plénière de l'université d'été du MEDEF © Radio France / Copyleft

Et ces montées au créneau sont donc une bonne nouvelle ?

Trop souvent, les milieux économiques ne se font pas entendre – ou alors sur des sujets purement revendicatifs. Dans un pays ultra- politique et jacobin comme la France, les responsables politiques ont un quasi-monopole de la parole sur tous les sujets. Les chefs d’entreprise, qui « font » (quand même) l’économie, préfèrent la plupart du temps gérer leurs affaires. Donc, que certains d’entre eux s’expriment sur la fiscalité des très hauts revenus, tant mieux. Pour la petite histoire, il faut savoir que Le Nouvel Observateur , qui a rassemblé les signatures de cet appel, a tenté d’avoir aussi celles d’artistes et de sportifs très bien payés, mais sans succès. Peut-être, diront les mauvaises langues, parce qu’un certain nombre vivent en Suisse ou ailleurs.

Reste à savoir si ces interventions sont utiles sur le fond.

Il ne fait aucun doute que le plaidoyer de Laurence Parisot en faveur d’un vrai fédéralisme européen, de davantage d’intégration, est bienvenu. Il est même courageux en ces temps d’europhobie montante. Depuis longtemps, le patronat français est pro-européen, il le reste quand les choses sont plus difficiles. En revanche, l’évocation d’un complot contre l’euro est carrément plus audacieuse. Les anglo-saxons n’ont jamais cru en l’Europe, c’est probable. Les Américains sont vexés d’avoir perdus leur triple A quand la France le garde, c’est certain. Des grands banquiers comme le très sérieux Michel Pébereau (BNP-Paribas) dénoncent eux aussi en privé l’attitude des médias anglo-saxons. Il ne faut pas être naïf, c’est vrai. Mais parler de tentative de déstabilisation suppose des accords secrets, une concertation, un plan. Et de cela, il faut apporter des preuves avant de parler. Ce n’est pas (encore) le cas.

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