Emmanuel Macron lui-même donne donc l’impression d’hésiter sur la retenue à la source de l’impôt.

Oui, hier il a indiqué à Helsinki avoir « plutôt l’intention de conduire cette réforme », mais demande à Bercy de « répondre à toutes les questions qui se posent encore ». Bref, il est difficile de savoir où la balle va tomber, mais il est clair qu’il ne veut pas s’aventurer à la légère dans une réforme qui va concerner des dizaines de millions de Français. 

Il y a trois dimensions au sujet. 

-La première est politique. La rentrée est difficile, les vents sont de face, avec la démission de Hulot, une Europe façon puzzle et un trou d’air dans l’économie. Faut-il dès lors rajouter un élément de perturbation ? 

-La seconde dimension est technique. S’il y a un bug, si des Français ont l’impression que l’Etat va gagner de l’argent sur leur dos au moins en trésorerie, la confiance sera rompue. Il vaut mieux caler maintenant que payer cher une réforme ratée. 

-La troisième dimension est psychologique. Le pouvoir d’achat redevient un sujet important. Beaucoup de salariés vont voir à partir du 1er janvier la dernière ligne de leur feuille de paie diminuer. Ce sera purement facial, il n’y aura pas davantage d’impôt, il sera prélevé différemment c’est tout, mais comment vont-ils réagir ? Surtout s'ils n'ont même pas le temps de voir les effets de la baisse de leurs cotisations sociales fin octobre. 

Voilà les questions. 

A l’inverse, Bercy rappelle que nos voisins prélèvent l’impôt à la source, qu’on s’est fait peur à tort avec le passage à l’an 2000 et que c’est techniquement prêt. 

Ce sont de vrais arguments, non ?

Pas vraiment convaincants en réalité, quitte à faire le Gaulois grincheux. L’argument principal "pour" est qu’il faut prélever l'impôt au moment où les revenus sont perçus et pas avec un an de décalage comme aujourd’hui. C’est ce qu’on appelle instituer la contemporalité de l’impôt (je parle le techno, vous voyez). 

Mais la complexité de l’impôt français est telle, avec ses niches, ses réductions, ses crédits, son quotient familial, qu’on va avoir une vraie usine à gaz avec des corrections un an plus tard. La lecture de l’étude d’impact officielle donne elle-même la migraine. Il semble aussi que les Urssaf et les caisses de retraite ne sont pas prêtes. 

Au total, c’est un sujet bien plus technique que politique ou économique, donc il ne mérite pas un excès d’intérêt, il est même possible que les Français s'en moquent. Fallait-il se lancer dans cette galère ? Ce n’est pas sûr. Mais maintenant que c’est lancé, il est peut-être tard pour stopper. 

François Hollande doit en tous cas s’amuser des tergiversations de son successeur à qui il a légué ce beau bébé fiscal légèrement frippé.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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