François Bayrou sera officiellement nommé jeudi Haut-Commissaire au Plan et à la Prospective. Une nomination d'abord politique mais redonner de la visibilité à un organisme qui saurait se rendre visible sur les enjeux de long terme peut être utile : surtout sur le climat.

Cela se fera en conseil des ministres, le jour même de la présentation du plan de relance de 100 milliards d’euros : Emmanuel Macron veut manifestement se projeter dans l’après-virus, avec une réflexion sur la France d’après.

Il faut le dire et le redire pour ne pas être taxé de naïveté : cette nomination est d’abord politique -elle n’est pas forcément uniquement politique, mais elle l’est principalement. Bayrou est un allié de l’Elysée, s’il n’avait pas retiré sa candidature en 2017, Emmanuel Macron ne serait peut-être pas à l'Elysée. 

Pour l’anecdote, l’élu béarnais voulait absolument rapporter au président et seulement à lui, et pas à Jean Castex. Il l’a beaucoup fait savoir (il a encore appelé l'Elysée ce week-end). Mais cela aurait posé un problème politique (le Premier ministre n'a pas envie d'une instance qui donnerait l'impression de le chapeauter ...) et constitutionnel. Le président, en dehors des sujets de Défense, n’a pas le droit de diriger d’administration – c’est le gouvernement qui gouverne. Du coup, sauf changement de dernière minute, François Bayrou va recevoir une lettre de mission de l’Elysée, mais il dépendra quand même de Matignon. Et toc pour l’orgueil ! 

Pour autant, le Plan, c’est un joli portefeuille si son titulaire pèse administrativement ou politiquement. Jean Monnet, Pierre Massé, l’organisation du territoire et les grandes infrastructures dans les années 60 : tout cela sonne fort et grand – dans le vide depuis quelques années puisque le Plan a été supprimé en 2006 en tant que tel. 

Dans sa magistrale biographie de De Gaulle, l’anglais Julian Jackson, avec des sources anglo-saxonnes qui égratignent notre amour-propre national, rappelle que le Plan a été créé en 1946 pour rassurer les Américains sur le sérieux de la répartition des crédits du Plan Marshall.  

Bon, mais est-ce utile de le ressusciter ? Des organismes produisent de bons travaux de prospective : le conseil d’analyse économique de Philippe Martin et France Stratégie. Le mot Plan a aussi un côté ringard qui fait sourire, ou un côté soviétique qui fait peur. Un organisme qui dirait : il faut produire telle quantité de boulons de tel diamètre à telle date n’aurait aucun sens. 

Mais c’est vrai qu’il manque une voix politique forte qui rappelle les enjeux de long terme, et bien sûr on pense au climat. Un lieu où gouvernants, experts, partenaires sociaux, ONG réfléchiraient ensemble, par exemple sur les énergies (nucléaire, carbonées, renouvelables), ce lieu peut avoir du sens. Même chose sur la démographie et les migrations. 

Mais l’idée avec Bayrou est-elle plus banalement d’aider Emmanuel Macron pour son projet 2022 ? On le saura très vite.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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