Le pétrole vaut moins cher. Son prix a été divisé par deux en six mois. Est-ce que ça va faire revenir la croissance ? Pour nous, le pétrole moins cher c’est évidemment une bonne nouvelle. Nous payons moins cher notre prix d’essence, il faudra moins d’euros pour remplir la cuve de fioul, et nous n’allons même pas nous rendre compte de la hausse de taxe sur le diesel demain. Le pétrole qui baisse, c’est le pouvoir d’achat qui monte. Aux Etats-Unis, où les gens passent leur journée à brûler du carburant, cet allègement de la facture pétrolière équivaut à une hausse de salaire de 2%. En France, ça fait moins, quelque part entre un-demi pourcent et un pourcent : c’est tout de même un vrai ballon d’oxygène pour le consommateur.

Et pour les entreprises ? Elles aussi vont en profiter. Elles devraient y gagner plus d’argent qu’avec le CICE, le Crédit d’impôt compétitivité emploi dont nous vous rebattons les oreilles depuis deux ans.Elargissons maintenant le calcul à la France entière. En 2013, nous avons dépensé un peu plus de 50 milliards d’euros pour importer du pétrole, avec un baril à près de 110 dollars. Si le baril reste au-dessous de 60 dollars l’an prochain, ce qui paraît possible, ça fait une facture divisée de moitié. Enfin pas tout à fait, puisque l’euro a baissé face au dollar. Au bout du compte, ça fait environ 20 milliards d’euros de rabais, soit 1% du PIB, qui resteront au pays au lieu d’aller dans des pays pétroliers. Ces euros, nous allons les dépenser ; ça va soutenir l’activité. L’année 2015 sera donc meilleure ? A priori oui. Le FMI a chiffré l’effet à 0,3% pour l’ensemble de la zone euro et la France devrait être dans cet ordre de grandeur. Mais les effets positifs de ces milliards libérés vont se faire sentir peu à peu. L’économie, ça ne marche pas comme l’électricité. Il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton pour relancer la consommation ou l’embauche. On est plutôt dans la plomberie, où il faut attendre pour que l’eau chaude coule au robinet. On l’avait bien vu dans les années 1980. En 1986, le prix du baril avait été divisé par quatre. Les économistes avaient donc prévu une belle année 1987. Tout faux : cette année-là avait été décevante, avec en prime un krach boursier en fin d’année. En revanche, l’année 1988 avait été excellente, avec une croissance française qui avait approché 5%.

Vous nous promettez une année 2016 à 5% de croissance ? Pas tout à fait. Dans les années 1980, la croissance était en tendance plus forte, et le pétrole avait baissé deux fois plus. En supposant que l’effet booster soit du même ordre aujourd’hui, on arriverait à un coup de pouce à la croissance de 1% en 2016, qui pourrait alors monter à 2%. Ce n’est pas prodigieux mais ça permettrait d’inverser enfin la courbe du chômage, un an avant l’élection présidentielle de 2017. François Hollande a certainement cette idée dans un coin de sa tête. Mais je parie qu’il n’en parlera pas ce soir.

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