C’est la crise dans les pays exportateurs de pétrole, on se croirait revenu quelques années en arrière. Les uns après les autres, des pays annoncent des budgets en déficit pour 2016, et dans la foulée des plans d’austérité. Crise financière, le retour ? Non, cette fois, ce sont les pays exportateurs de pétrole qui défraient la chronique. Certes, cela fait un moment que nous évoquons la chute des cours des hydrocarbures. Mais là une nouvelle onde de choc se répand. A coup de mesures d’austérité, la tension politique et sociale monte.

Pourquoi cette crise s’aggrave –t-elle maintenant ? Et est-ce le même mécanisme partout ? Il y a bien sûr des particularités locales. Mais la machine infernale est partout liée au fait que le baril de pétrole a perdu les deux tiers de sa valeur en 18 mois. Et que cela a fait passer beaucoup de pays sous ce que l’on appelle leur point mort : le prix en deçà duquel les finances publiques tombent dans le rouge. Et hormis des exceptions comme dans le Golfe les Emirats arabes unis, le Qatar ou le Koweit, ce point mort est très supérieur aux cours actuel, un peu plus de 36 dollars le baril de brent ce mercredi. Le point mort du Vénézuela, c’est 150 dollars, 110 pour la Russie, 80 pour l’Arabie saoudite. Donc pas d’autre solution pour ces pays que de s’endetter –le Venezuela est au bord du défaut de paiement – ou réduire leur train de vie. toujours un pays emblématique sur ces questions.

Des mesures ont été annoncées en Arabie Saoudite, pays toujours symbolique de ces questions, en début de semaine : que faut-il en retenir ? Lundi, le royaume a présenté son troisième budget consécutif « dans le rouge ». Cette fois avec un déficit de 87 milliards de dollars pour 2016, soit 19 % du PIB. Riyad a annoncé des mesures de rigueur comme la réduction des subventions publiques sur la consommation d’eau, d’électricité et d’essence. Mais le royaume est encore très loin, de remettre en compte son modèle. En particulier les dépenses liées à l’Etat-providence ou aux emplois publics dont bénéficient une majorité de Saoudiens (3 millions de fonctionnaires sur 5.5 millions d’actifs). Pourquoi ? Parce qu’ils servent à acheter la paix sociale dans un pays dont la population, à la fois jeune et conservatrice, est travaillée au corps par les fondamentalistes en général et Daech en particulier. C’est bien la nouvelle dimension de cette crise du pétrole : gérer le risque politique et social lié à la dégradation du niveau de vie des habitants.

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