L’euro fête ses 20 ans ce soir, mais les cérémonies seront plutôt discrètes du côté de Bruxelles…

C’est vrai, ce sera sans tambours ni trompettes, l’ambiance est un peu morose dans les couloirs de la Commission. Et pourtant, la monnaie unique n’a pas à rougir de son bilan. D’ailleurs, le fait qu’elle existe toujours ressemble à un joli pied de nez à ceux qui prédisaient son échec. Des économies trop différentes, des vices de construction, avec des règles budgétaires trop lâches : l’euro aurait dû sombrer pendant la crise financière. 

Il est sorti renforcé de l’épreuve, même si cela s’est fait dans la douleur. Des aides d’urgence existent désormais pour les pays en difficulté, et l’union bancaire est quasiment achevée. Ce qui évitera à l’avenir de ruiner des Etats pour renflouer des banques défaillantes.

L’Europe a aussi commencé à mettre de l’ordre dans sa jungle fiscale. Une nouvelle directive entre en vigueur demain pour taxer les entreprises qui transfèrent artificiellement leurs bénéfices vers des paradis fiscaux. 

Alors le chantier est loin d’être achevé, bien sûr, mais l’euro est une monnaie en devenir et pas une monnaie condamnée. La cote de popularité de l’euro est d’ailleurs au plus haut selon les dernières enquêtes.

Les partis eurosceptiques font pourtant des scores élevés partout en Europe…

Oui car il y a un agacement, voire de la colère, contre le fonctionnement de l’Europe, mais 67% des Européens estiment que leur pays tire profit de l’euro, y compris en Italie où le soutien à l’euro a bondi depuis l’arrivée d’un pouvoir eurosceptique. C’est l’euro qui protège.

Pour autant, cet attachement ne durera qu’à trois conditions.

D’abord, que l’euro concurrence davantage le dollar, qui reste ultra-dominant, on l’a vu quand Trump a interdit tout commerce des Européens avec l’Iran.

Ensuite, que l’ébauche de budget de la zone euro, poussée par la France, enclenche enfin la convergence des économies – sur ce sujet, on est loin du compte.

Enfin, que l’Union européenne accélère dans la lutte contre la concurrence fiscale déloyale de certains Etats membres. Les mêmes qui refusent de taxer les géants du numérique.

Alors vous allez me dire, tout cela ne constitue pas un grand projet pour l’Europe pour les 20 ans à venir, et vous avez raison. Mais face à la défiance politique, obtenir une plus grande efficacité de la zone euro me paraît un préalable indispensable.

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