Carlos Ghosn, l’ex-patron de la plus grande alliance automobile de l’histoire, a fui du Japon au Liban, son pays de coeur, pour se soustraire à la justice nippone. Il va lancer une offensive de communication pour tenter de réhabiliter son image. C'est quasi-impossible.

Photo datant du 3 avril 2019 montrant Carlos Ghosn quittant le bureau de son avocat Junichiro Hironaka à Tokyo.
Photo datant du 3 avril 2019 montrant Carlos Ghosn quittant le bureau de son avocat Junichiro Hironaka à Tokyo. © AFP / Kazuhiro NOGI

Il s’est enfui du Japon et il est arrivé à Beyrouth dimanche soir, sa ville de cœur. Ce nouveau rebondissement spectaculaire, révélé par L'Orient le jour, fait la Une cette nuit des sites Internet de tous les grands médias du monde y compris américains, mais il ne faut pas s’y tromper : Carlos Ghosn ne va pas avoir l’image d’un héros mais d’un fuyard qui se soustrait à la justice d’un pays démocratique, le Japon – même si la justice japonaise mérite absolument les critiques qui lui sont adressées. 

Bref, il n’y aura ni compassion ni admiration (ou elle restera discrète), il ne cherche d’ailleurs ni l’une ni l’autre. 

Une fois que l’on a dit cela, il faut ajouter ceci : quelle épopée, quelle histoire, ce n’est décidément pas un homme ordinaire ! L’ancien dirigeant de l’alliance Renault-Nissan-Mitsubishi (et on ne donne pas les noms des sept marques automobiles du groupe), l’ex-dirigeant ne baisse pas la tête. Peu après 4 heures ce matin, son agence de communication en France, Image Sept, a diffusé un communiqué où il part en guerre contre le système judiciaire japonais et annonce une conférence de presse qui sera accompagnée de prises de parole médiatiques. Image Sept est dirigée par Anne Méaux, une des femmes puissantes interviewées par Léa Salamé dimanche dernier, qui dit dans cet entretien au passage passionnant : « la puissance alliée au courage permet de soulever des montagnes ». 

Depuis le début, une histoire hors norme

Les conditions de la fuite le sont. Faux passeport, un aéroport de province au Japon, l’hypothèse où les Japonais auraient voulu se débarrasser de cet homme encombrant est quasiment exclue même si le pays n'avait jamais vu quelqu'un qui lui résiste. On attend les détails de ce polar. ..

Mais attention : Carlos Ghosn est à partir d’aujourd’hui coincé au Liban et il ne pourra aller que dans les pays qui n’ont pas de traité d’extradition avec le Japon. On ne le reverra pas en France, où il n’a d’ailleurs certainement pas envie d’aller. 

On entendra au micro d'Alexandra Bensaid dans un instant la première réaction du gouvernement français, gouvernement qui ne l’a pas vraiment aidé - c’est le moins que l’on puisse dire - pour ne pas gâcher les relations avec Nissan. 

Déjà, son arrestation, il y a 438 jours, avait été hors norme, et les raisons pour lesquelles il avait été arrêté aussi. Il a fauté, cela ne fait aucun doute mais les Japonais ont aussi sauté sur l’occasion pour le sortir du jeu – d’où la thèse du complot. Ses conditions de détention en prison elles aussi ont fait le tour du monde, comme l’interdiction qu’il a eue de voir sa femme en résidence surveillée, sa femme qui a certainement joué un rôle ces dernières heures. 

Enfin, c'est une personnalité hors norme. Extrêmement intelligent, polytechnicien, redresseur génial de Nissan vivant entre trois continents (il est franco-libano-brésilien), dormant cent nuits par an dans son avion, Barack Obama lui avait proposé de diriger General Motors. Il avait fini par avoir la folie des grandeurs et être totalement hors-sol – si je puis dire. Ce qui est curieux est qu’il ne s’en est pas rendu compte. 

Une anecdote pour finir. Je l’avais interrogé il y a quelques années, pour une enquête magazine des Échos, sur ce qu’il avait appris des jésuites dont il avait été l’élève à Notre-Dame de Jamhour, à Beyrouth. Au téléphone, il m’avait répondu : l’humilité. J’avais été tellement « scotché » que j’avais cru avoir mal entendu ou compris, la ligne était mauvaise, je n’avais pas écrit le mot. J’ai eu tort parce qu’on en parlerait encore !

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