Les annonces de Nicolas Sarkozy concernant le logement ont suscité beaucoup de réactions hier.

On en a moins parlé que de la TVA sociale, mais les deux mesures élyséennes posent de bonnes questions, sans apporter nécessairement les bonnes réponses. Rappelons les : l’Etat va céder aux communes des terrains pour construire des logements ; là, pas de problème. Mais surtout, il va, par la loi, augmenter de 30% les droits à construire ; en clair tout terrain, toute maison, tout immeuble pourra augmenter sa taille, sa hauteur de 30% - sauf si la commune s’y oppose. Cela concerne beaucoup de monde. Ce qui était frappant hier était à la fois l’improvisation du gouvernement, qui a dû apporter des précisions - les centres-villes protégés, le littoral, ne sont pas concernés - et le conservatisme dans les réactions des élus voire des professionnels.

Cette idée mérite-t-elle d’être au moins discutée ?

Oui. Parce qu’il est clair que, pour s’occuper du logement dans un pays où les prix ont explosé de 165% en 15 ans, les aides fiscales, les crédits d’impôt, ne sont plus possibles quand il n’y a plus d’argent ; il faut s’attaquer au sujet central de l’offre foncière ; parce que, aussi , la question de la « densification » des centres-villes est réelle. Vaut-il mieux des immeubles qui comptent un étage de plus en petite couronne ou continuer à obliger les franciliens à faire 80 minutes de trajet pour rejoindre une lointaine banlieue ? Peut-on, ailleurs, construire plus de logements, de pavillons sur une surface donnée ? Un débat qui agite les urbanistes, les architectes et les maires.

Benoist Apparu, ministre du logement, en a fait son cheval de bataille...

Avec des images chocs ! Depuis des mois, il assure que la conversion des toits-terrasses en logements à Paris apporterait deux millions de mètres carrés ; il s’enthousiasme sur les parkings en plein air des grandes surfaces commerciales, qui représentent 5.000 hectares en Ile-de-France, la moitié de la superficie de Paris, et qui pourraient être mieux utilisés ; il fait des plans sur la comète sur les 2.300 hectares des berges de la Seine ou les écoles primaires qui n’ont qu’un étage ! Il faut le mettre à son crédit, il a relancé ce débat.

Mais des spécialistes sont critiques sur les solutions.

Ils disent que ce n’est pas à Paris, ville classée, touristique, que les choses peuvent bouger. Inutile de fantasmer. La question concerne, en Ile-de-France, les villes de deuxième ou troisième couronne. Ensuite, il n’est pas sûr que cette hausse de 30% fera baisser les prix. Mais la vraie difficulté est que les maires freineront des quatre fers la densification de leurs territoires, avec l’appui des habitants déjà présents. Quel copropriétaire votera l’ajout d’un étage de plus à son immeuble ? En clair, la mesure permettra à certains de s’agrandir, pas de créer de nouveaux logements. Pour agir vraiment, il faudrait soit récompenser les villes qui avancent, soit enlever le pouvoir aux maires « malthusiens ». On en est loin.

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