La France n'utilise pas assez ce qui devrait être une méthode moderne de gouvernement parce qu'elle fait appel à une qualité rare chez les politiques, l'humilité : expérimenter des réformes avant de les graver dans le marbre définitivement. Trois exemples : l'ISF, le bonus-malus et les 80 km/h.

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RN © AFP / ARCHIVES / AFP

C’est une difficulté française. Notre pays a du mal à tester ses réformes, à les essayer « pour voir », pour voir si cela marche, avant de les graver dans le marbre. Quand une loi est votée, elle s’applique la plupart du temps sans limitation de durée et partout, sur tout le territoire. 

Certes, il y a des exceptions : le RSA, qui a remplacé le RMI en 2009, a été testé sur 34 départements avant d’être étendu ; le dispositif Territoires zéro chômeur est expérimenté dans plusieurs communes. Les nouvelles modalités du contrôle de la recherche d’emploi ont été validées après des années d’études localisées. 

La nouveauté est que des technologies, notamment l’analyse des datas, des données qui peuvent être mises en open source, en accès libre, fournissent des moyens inédits pour bien évaluer. 

Alors ? L’actualité met sur la table trois exemples de réformes très discutées qui pourraient utilement être testées. 

- Un : le bonus-malus sur les contrats courts, il s’agit de cotisations sociales plus lourdes pour les secteurs qui abusent de CDD et d’intérim, moins lourdes pour les autres. Emmanuel Macron l’a promis, les Etats-Unis l’appliquent, le patronat est contre, parce que la restauration, par exemple, est fragile et il craint une usine à gaz. Pourquoi ne pas tester pendant trois ans ce bonus-malus, on verrait ce qui se passe sur quelques secteurs, on parle aussi de l’hôtellerie ou de l’audiovisuel. 

- Deuxième exemple ou l’expérimentation vaut la peine : l’ISF. Il a été supprimé, mais il sera -contrairement à ce que l’on entend souvent- facile de vérifier dans un an ou deux si c’est efficace pour l’économie. On pense toujours aux exilés qui pourraient revenir, c’est peu probable, mais il faut surtout stopper l’hémorragie constatée chaque année. Ce sera facile à vérifier. 

- Et il y a le 80 km/h. C’est une mesure qui marche, mais que le gouvernement est déjà prêt à amodier sous la pression des automobilistes et des élus locaux. Edouard Philippe avait dit au départ : on évaluera au bout de deux ans, en juillet 2020. C’était intelligent. Deux ans, ce n’est pas le bout du monde, l’enjeu en vaut quand même la peine. Si les pouvoirs publics s’engagent à être transparents, on jugera sur pièces, avec la distance nécessaire – après avoir remis les radars sur pied. 

Tester c’est d’abord faire preuve d’humilité et accepter ...l'expérience.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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