L'édito éco de Dominique Seux, du quotidien Les Echos. Dernier édito avant la pause des vacances. Depuis septembre, l'actualité économique a été incroyablement chargée. Chargée, le mot est faible ! La vie économique a connu une année d'une intensité invraisemblable, que peu de générations parmi les acteurs sociaux, économiques, politiques, et aussi parmi les commentateurs dont je fais partie, que peu ont vécues. La succession d'événements, de chocs violents et inattendus, de glissements aussi vers un monde dont l'horizon s'élargit sans cesse, est sans précédent récent. Et puis, un certain nombre de vérités fragiles ont été bousculées : la période a broyé des convictions, par exemple celle que les arbres pouvaient monter jusqu'au ciel, en clair que la croissance que le monde avait connue pendant quelques années pouvait durer avec les déséquilibres qui l'accompagnaient. Mais le principal est encore ailleurs : l'économie a occupé une place qu'elle avait rarement eu dans l'actualité, y compris chez les médias généralistes. Une place centrale. Et puis, cette année, le poids des mots et le choc des images... Le mot, c'est évidemment la « crise ». Je suis allé sur mon ordinateur portable compter le nombre de fois où j'ai utilisé ce mot dans mes chroniques du matin et dans les débats, le vendredi, avec Bernard Marris. Eh bien, sur 208 éditos depuis le 1er septembre, il est présent dans 200 d’entre eux ! Les images, il y en a beaucoup, très subjectives, forcément. Une des plus fortes reste, aux Etats-Unis, ces panneaux « for sale », à vendre, devant les maisons des victimes des sub-primes. Et puis, souvenez-vous, les employés de Lehman Brothers sortant, à la mi-septembre de leur immeuble à New York avec leurs cartons, parce que leur banque a fait faillite. En France, certainement, les usines à l'arrêt en fin d'année dernière. Et puis encore, l'image des dirigeants chinois, qu'on a plus vus que jamais, à Londres, à Washington, en Afrique, en Amérique latine. Mais à chacun ses images. Quelles grandes idées, aussi, retenez-vous ? D’abord que nous ne sommes pas passés loin d'une vraie catastrophe sur le plan financier à l'automne, quand le robinet du crédit était vraiment coupé partout. Heureusement que les réactions des pouvoirs publics, partout aussi, ont été rapides. Ensuite, que nous avons vu, presque physiquement, que la crise a commencé dans la sphère financière et s'est transmise aux entreprises, aux salariés, qui l'ont pris dans la figure sans en être responsables. Aussi, les sociétés démocratiques et libérales ont plutôt bien résisté à cette récession, sur le plan politique, social jusqu'à maintenant. Je retiens aussi que la pression pour changer profondément de système économique est modérée, parce que l'économie de marché est encore ce qui fonctionne le mieux. Mais il y a dans les opinions, une désillusion manifeste, lourde. Continuera-t-on à parler de la crise après l'été ? De plus en plus de reprise, même si on ne sait pas si elle sera solide. Mais la crise n'est pas finie, sur l’emploi et puis on va la payer chère longtemps, avec des niveaux de dette publique extravagants. Mais pour le moment, je vais faire comme l'excellent éditorialiste politique d'Inter Thomas Legrand. Pour sa dernière chronique, il avait promis à sa famille de ne parler de politique pendant ses vacances. Moi, je vais essayer de ne pas prononcer le mot « crise ».

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