L’édito éco de Dominique Seux, des Echos. Avec l’adoption définitive du collectif budgétaire, c’est ce soir la fin de la session parlementaire d’été. Premier bilan ?

Ecoutez, environ 80 jours se sont écoulés depuis que François Hollande a franchi la grille de l’Elysée. C’est difficile de dresser un bilan si tôt. Mais on peut essayer. Premier point : une habileté, un talent, politique indiscutables – on peut même dire qu’ils laissent pantois ; second point : sur le contenu de l’action elle-même, ce qui reste est quand même davantage la volonté de se démarquer de Nicolas Sarkozy, de façon systématique et disons millimétrée, (c’est plus cette volonté-là) que celle d’imprimer sa propre marque. Cela veut dire qu’une rentrée de construction devra suivre un été de déconstruction.

Vous dites : habileté politique sur les sujets économiques…

François Hollande et Jean-Marc Ayrault ont mis en œuvre presque tout ce qui avait été promis pour les 100 premiers jours : la baisse des salaires des ministres et des patrons du secteur public, le retour partiel à la retraite à 60 ans, les hausses d’impôts pour les plus aisés. Tout ce qui plaît à l’opinion. En revanche, le plus compliqué a été écarté ou reporté : le blocage des prix de l’essence, la découpe des banques pour isoler les activités spéculatives. L’habileté va se voir encore aujourd’hui : le premier ministre envoie ce que l’on appelle les lettres plafonds à ses ministres. C’est leur budget pour 2013, avec des baisses d’effectifs pour certains et des économies qui feront mal. Mais il donnera le moins de détails possible. En revanche, il fera des annonces sur la décentralisation, avec le transfert de compétences aux collectivités locales. C’est malin : les ministres sont aussi des élus locaux ! Attention : parler d’habileté n’est pas critiquer. François Hollande a réussi à apaiser un climat politique et social électrisé jusqu’à l’outrance sous le quinquennat Sarkozy. Avec habilité, on peut faire de vraies réformes.

Et sur le fond ?

Le bilan est moins glorieux. Il y a eu peu de réformes lourdes. En 2007, fin août, étaient en place la loi Tepa (le paquet fiscal) mais aussi le service minimum dans les transports et la réforme des universités. Là, fin août, alors que la croissance fond et que le chômage flambe, il y aura surtout eu le contre-pied de ce qu’a fait Nicolas Sarkozy sur les impôts. Il ne reste rien des mesures fiscales précédentes. Sauf un point d’ailleurs paradoxal : le seuil d’entrée dans l’ISF, relevé à 1,3 million d’euros il y a deux ans, reste à 1,3 million d’euros - exonérant les beaux appartements parisiens des plus aisés de gauche comme de droite !

Cela dit, l’objectif des hausses d’impôt est de réduire les déficits…

Bravo. Le problème économique est qu’il est risqué de taxer à la fois les trois moteurs de la croissance : le capital, le travail et l’innovation. Or, les trois sont taxés ou vont l’être. Cela laisse peu de place à la croissance pour grandir. A un moment, François Hollande devra faire des choix, une fois que les commissions auront commis des rapports. On a vu sur l’affaire PSA qu’il y a d’abord eu le temps du discours puis le temps de l’atterrissage : Aulnay fermera quand même. On le verra sur la CSG, sur les économies dans le budget. Gouverner, cela a été jusqu’à maintenant beaucoup se démarquer du quinquennat précédent, cela va être maintenant de tracer sa propre marque. Pour utiliser une métaphore d’actualité, bilan des 80 jours, médaille d’or en politique, toujours en épreuve de qualification ou au repêchage en économie.

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