Areva vend son activité « centrales nucléaires » à l’électricien EDF. Que va devenir le champion français du nucléaire ?

J’ai trouvé son épitaphe, je vais donc vous la lire :

« Un beau jour, la France rêva Areva

Anne Lauvergeon ce joli projet pilota

Mais faute de chance et de maestria,

A l’adolescence, Areva trépassa. »

L’entreprise ne va pas disparaître du jour au lendemain. Et heureusement, car elle devrait employer 20.000 salariés après l’ablation de ses centrales nucléaires.

Mais c’est le projet d’acteur intégré qui meurt. En France, on aime bien avoir le contrôle de toute la chaîne.

Total est la seule major très présente sur tous les maillons du pétrole, de l’exploration jusqu’à la pompe à essence.

Areva était le seul acteur mondial à tout faire dans le nucléaire : mines d’uranium, raffinage pour préparer le combustible, centrales nucléaires. Et aussi retraitement des déchets radioactifs – un peu comme si Total s’occupait de séquestrer le CO2 à la sortie des pots d’échappement.

Ce modèle intégré est-il en cause ?

Non, il réussit d’ailleurs en ce moment à Total qui résiste mieux à la chute des cours du pétrole que ses rivaux.

En réalité, Areva a manqué de chance – et la chance joue toujours un rôle dans le business.

Quand l’entreprise a été créée au début des années 2000, en rassemblant les acteurs français du nucléaire, l’idée était de profiter de l’inévitable redémarrage de l’industrie de l’atome, pour cause de pétrole en voie de disparition.

Mais ces fichus Américains ont découvert le gaz et le pétrole de schiste, ou plus précisément le moyen de les pomper pas cher.

Et ces fichus Japonais n’ont pas été capables de construire un mur assez haut pour protéger leur centrale de Fukushima, qui a du coup été inondée par un tsunami. Le désastre qui s’en est suivi a non seulement gelé les projets de construction un peu partout dans le monde, mais elle a en plus pesé sur les commandes du Japon qui est un gros client d’Areva.

Cette malchance explique-t-elle tout ?

Non, comme le dit l’épitaphe, Areva a aussi manqué de maestria ou plutôt de maîtrise industrielle.

Le groupe a acheté des mines d’uranium sans uranium, des activités solaires ou éoliennes qui n’étaient que du vent : c’est embêtant.

Et surtout, le géant français a eu les yeux plus gros que le ventre. Il s’est lancé dans la construction d’un nouveau réacteur en Finlande, l’EPR d’Olkiluoto pour les intimes, en se montrant incapable de le mener à bien.

Comme en plus les contrats avaient été mal ficelés en amont, cette catastrophe industrielle a entraîné une déroute financière.

Morale de l’histoire ?

En France, on est assez doué pour faire de beaux rêves industriels. Mais c’est ensuite que ça se gâte.

On ne passe pas toujours du rêve à la réalité au bon moment.

On a du mal à passer du concept à l’exécution.

On peine aussi souvent à trouver la bonne place pour l’Etat, celle où il impulse des projets sans devenir ensuite un poids mort ou une source de zizanie. Tout ça nous fait un sacré chantier.

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