Comme chaque 31 mai depuis une vingtaine d’années, c’est aujourd’hui la journée mondiale sans tabac décrétée par l’Organisation mondiale de la Santé.

Cette journée met en évidence un paradoxe cruel. Les associations de lutte contre le tabagisme et les gouvernements se mobilisent pour freiner la consommation. Mais l’industrie du tabac ne s’est jamais aussi bien portée. Et les Etats –notamment la France– n’ont jamais encaissé autant d’impôts liés à la vente de cigarettes. C’est un paradoxe qui illustre les contradictions et les difficultés de la politique. D’abord, le constat : les résultats des géants du tabac sont excellents. « Le secteur va très bien », confirme le patron de BAT, British American Tobacco (Dunhill, Lucky Strike). La valeur boursière de ce groupe, de Philip Morris (Marlboro), de Imperial Tobacco (Gauloises et Gitanes) a été multiplié par deux en deux ans. En 2010, leur marge a progressé de 17% ! C’est mieux qu’une année de reprise, et ce n’est même pas une surprise, puisque ce dure depuis plusieurs années.

Comment s’explique cette forme éblouissante qui, c’est vrai, surprend ? Deux raisons. Un : les ventes de tabac dans le monde ne baissent pas vraiment ou peu, en dépit des plans-santé. Elles reculent un peu dans les pays développés mais progressent dans les émergents. Même en France, la consommation ne diminue plus depuis 2004. Depuis cette date, on vend environ 55 milliards de cigarettes par an, cela n’a pas bougé. Donc, pas de plongeon des ventes. Deuxième raison : les prix, au nom de la santé publique, augmentent. En sept ans, le prix d’un paquet de cigarettes « moyen » est ainsi passé en France de 5 euros à 5,90 euros. Voilà pourquoi les fabricants ont le sourire.

L’Etat, lui aussi, est un gagnant de la situation actuelle. Il récupère 80% du prix de vente d’un paquet (plus que sur l’essence). Et en 2010, les recettes fiscales du tabac ont franchi la barre des 10 milliards d’euros. Quand il donne son aval à une hausse modérée des prix, ce serait excessif de dire que son objectif numéro un est de préserver les industriels, les buralistes et lui-même. Mais le résultat de cette politique est là. Comme les relèvements de prix sont contenus, les Français accrocs à la cigarette continuent de fumer et l’argent continue de rentrer. C’est vrai, l’Etat dépense beaucoup pour soigner les fumeurs malades. C’est vrai qu’il agit : interdiction de fumer dans les lieux publics ce qui a eu un effet exceptionnel sur le tabagisme passif, interdiction de vente aux mineurs et, depuis avril, photos chocs sur les paquets. Mais même sur ce dernier point, les fabricants s’en sont bien tirés avec des petites photos.

Conclusion : les fumeurs et ces fabricants peuvent dormir tranquille ? Xavier Bertrand n’annoncera rien aujourd’hui, juste un groupe d’experts. Mais le débat se déplace au niveau européen : à la fin de l’été, la Commission présentera une directive sur le tabac, qui remplacera celle de 2001. Les lobbyistes sont déjà dans les starting-blocks, avec un argument : plus vous serez durs avec nous, plus la contrebande augmentera et plus vous perdrez de recettes fiscales. Cette menace n’est guère morale, elle a au moins le mérite de la franchise.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.