La Commission européenne et la Cour des comptes ont publié un état des lieux économique de la France. Leur diagnostic est convergent.

Oui, c’est un inventaire après changement de locataire à l’Elysée. Quand un logement change de mains, un agent immobilier fait l’état des lieux, regarde les travaux à faire et qui va payer. Là, c’est la même chose. La Cour des comptes, avant le véritable audit prévu mi-juin, a commenté dès hier la situation budgétaire fin 2011. Et hasard du calendrier, Bruxelles a donné hier aussi des conseils à la France (comme à 26 autres pays) sur sa politique économique - et plus seulement budgétaire. Au passage, ce nouvel exercice constitue un pas heureux vers l’intégration européenne. Au-delà, ce double regard montre que les responsables politiques ne peuvent plus faire n’importe quelle promesse : ils sont vraiment sous la loupe.

Sur le fond, quel est le diagnostic des deux institutions ?

Il tient en un mot, une image et un chiffre. Le mot, c’est : mise en garde ; l’image : c’est celle d’un étau ; et le chiffre, c’est 50 milliards. Didier Migaud, le président de la Cour, a fait ce calcul frappant : pour que la dette publique cesse simplement d’augmenter , le déficit de l’Etat doit baisser de 50 milliards. La Cour, qui salue plutôt les efforts de Nicolas Sarkozy, dit que d’autres efforts seront nécessaires pour tenir l’engagement pris par la France de ramener le déficit à 3% du PIB l’an prochain – confirmé par Pierre Moscovici. Et qu’ils devront être faits plus sur les dépenses que sur les recettes, parce que la corde des impôts a déjà beaucoup été tirée. Pour cela, il faut à la fois tenir les dépenses de personnels et fermer des niches fiscales.

Voilà pour le chiffre ; et le mot : mise en garde ?

Bruxelles et ses experts de 27 pays s’inquiètent de la perte de compétitivité de notre économie : en cinq ans, nos parts de marché à l’exportation ont reculé presque autant que celles de la Grèce et de la Grande-Bretagne ! Conséquences pour la Commission : une hausse du smic irait dans le mauvais sens ; la réforme des retraites de 2010 va dans le bon sens ; oui à la hausse de la TVA de février ; il faut renforcer la concurrence dans l’électricité et les trains ; Le moins que l’on puisse dire est que ce n’est pas exactement le projet de François Hollande.

La Commission n’est pas un peu dure avec la France ?

Ecoutez, ce qui est sûr, c’est que Paris est pris en étau entre les contraintes budgétaires rappelées par la Cour des comptes et les contraintes économiques rappelées par Bruxelles. C’est bien parce que François Hollande le sait qu’il cherche une 3ème voie : la relance par Europe avec de l’argent européen. Mais la France est dans le collimateur parce que la Commission doit montrer aux petits pays qu’elle n’est pas dure avec les faibles et faible avec les grands. Elle ne fera donc pas de cadeau.

Au total, il faut saluer cet exercice d’inventaire ?

Une réserve de détail : tous les textes de Bruxelles sont en anglais et uniquement en anglais. La langue unique s’impose plus vite que la monnaie unique !

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