Les tarifs réglementés de l’électricité vont augmenter de 5,9% demain. Ce relèvement a peut-être des raisons économiques, mais elles sont incompréhensibles, donc difficilement acceptables.

Compteur électrique, illustration, Paris, avril 2019
Compteur électrique, illustration, Paris, avril 2019 © AFP / Riccardo Milani / Hans Lucas

Le Journal Officiel a confirmé ce relèvement des prix qui concernent au minimum 25 millions de clients, soit quatre foyers sur cinq, un relèvement qui est au sens propre incompréhensible.

Au sens propre, cela veut dire qu’il ne peut pas être compris tant les raisons mises en avant défient le sens commun – avec pour conséquence de relancer les doutes sur la hausse pourtant bien réelle du pouvoir d’achat des Français cette année – comme l’Insee l’a encore confirmé il y a deux jours.

Trois éléments expliquent l’augmentation des tarifs d'EDF ces dernières années. 

Le premier est le financement de la montée en puissance des énergies renouvelables, avec une flambée jusqu’en 2016 des taxes sous une forme ou une autre (elles représentent 35% environ du prix aujourd'hui), flambée supérieure à ce qui s'est passé pour les carburants. Les subventions à l’éolien et au solaire coûtent cher, très cher. Là  ce n'est pas absurde, mais il est curieux que cela soit rarement mentionné – ce n’est sans doute pas très convenu de le dire.  

La deuxième raison (et là je demande un peu d’attention) est que le prix augmente pour … stimuler la concurrence, aider les concurrents d’EDF à vivre, comme Engie et Total Direct Energie. Total qui diminue à partir de demain aussi le prix du litre d’essence dans ses stations-services pour ses clients en électricité. C’est difficile à suivre : certains diront qu’on affaiblit le service public au profit du secteur privé, ce n’est en tous cas pas le meilleur moyen de rendre appétissante l’idée de concurrence.  Mais cela va effectivement stimuler la concurrence (EDF a perdu jusqu'à 100.000 clients par mois).

La troisième raison de ce +6% de demain, c’est que le prix de l’électricité en France dépend de son cours européen et que l’Europe réduit les quotas carbones, pour la bonne cause, et c’est donc la lutte contre le réchauffement qui revient par la fenêtre

Au total, tout cela est bien étrange alors que la production française d’électricité est aux ¾ décarbonnée avec le nucléaire. 

Certes, on sait qu’EDF est endettée, qu’EDF a beaucoup d’investissements à faire, que le régime social des salariés d’EDF lui coûte cher (la fameuse ristourne de 90% pour les salariés). 

Mais au total, pourquoi Diable faire aussi compliqué quand ce que voudraient comprendre les consommateurs est simple : les tarifs devraient refléter les coûts tout comme les horloges doivent dire l’heure.

On se souvient tous de Nicolas Boileau : "ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément". Sur les prix de l’électricité, ce n’est pas çà. !

On va toutefois mettre un bémol en rappelant que le prix de l’électricité en France est 15% inférieur à ce qu’il est en moyenne en Europe, et 40% moins cher qu’en Allemagne. La hausse de demain coûtera 7 euros par mois en moyenne pour les 40% de Français qui se chauffent à l’électricité, et bien moins pour ceux qui se chauffent autrement.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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