L’édito éco de Dominique Seux, des « Echos ». ____Les chefs d’Etat du G20, les pays les plus riches du monde, se retrouveront demain soir à Londres. Le décor de ce sommet se précise et les acteurs dévoilent leur jeu. Pour comprendre le décor de ce G20, il faut se rendre compte du grand pas qu’il constitue puisque, comme le disait Bernard Guetta hier, on peut un : considérer que le club des puissants s’est définitivement élargi et deux : que le rôle des responsables politiques est à nouveau au centre après une longue éclipse. Mais les yeux des habitants du monde seront aussi braqués sur un autre élément du décor : la dégradation de la situation économique. Un seul chiffre suffit, et il sera annoncé dans la journée. Ce chiffre, c’est 4,3%, c’est l’ampleur de la récession attendue cette année dans les pays développés, selon l’OCDE, l’organisation qui les regroupe. C’est sans précédent depuis 1945. Il y a bien quelques signaux printanniers auxquels on a envie de croire parce qu’ils montreraient que le fond de la piscine a été atteint, mais ils sont très fragiles. Les marchés financiers ont par exemple tous chuté hier. Hier aussi, Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont dévoilé leurs objectifs pour ce G20. Le premier dans le quotidien britannique « Financial Times », le second par son entourage de l’Elysée. Et ce ne sont pas exactement les mêmes. Pour le président américain, cette rencontre n’est pas un sommet historique, un peu comme Bretton Woods avait refondé le système économique et monétaire en 1944. Il veut qu’elle permette d’afficher une unité de tous face à la crise, le communiqué final battra les records d’utilisation du « nous ». Barack Obama ne demandera pas de but en blanc aux autres pays de faire plus de relance, mais c’est quand même l’esprit. Pour les Américains, l’urgence elle est là. Nicolas Sarkozy, qui considère que le G20 est un peu son « bébé », veut que l’on parle de régulation financière, de moralisation du capitalisme, bref du monde d’après la crise. Il y croit et il a politiquement besoin de revenir à Paris avec du concret. Alors, il cherche des alliés, le brésilien Lula, la chancelière allemande Angela Merkel. Quel est le rapport de forces ? Sur le papier, Barack Obama a beaucoup d’atouts. C’est son premier voyage européen, il a une image très forte dans l’opinion mondiale. Cette image fait oublier - ce qui quand on y pense est extraordinaire - la responsabilité énorme des Etats-Unis dans la situation actuelle. Après un démarrage un peu lent, il a aussi mis sur la table des réformes importantes, du système bancaire, du secteur automobile, qui lui permettent de dire qu’il s’attaque au cœur de la crise. Seulement, et c’est un point central, les Etats-Unis considèrent que les réformes doivent être nationales, pas internationales. Le G20 n’est pas le gouvernement du monde, le vrai pouvoir, c’est le Congrès américain. C’est potentiellement le grand malentendu. Et les atouts des Européens ? Les Européens du continent, parce que la position de Gordon Brown est fluctuante. Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont un argument de poids : leur mauvaise humeur. Tout le monde doit sourire sur la photo de famille. C’est comme cela qu’ils espèrent arracher des concessions, des décisions concrètes sur les normes comptables, sur les paradis fiscaux. Cette menace, en réalité, n’en est pas une parce que les Britanniques, les Chinois, d’autres, se rangeront du côté américain. Reste une inconnue, et elle est majeure : Barack Obama pourrait surprendre en n’épousant pas totalement les thèses traditionnelles de ses administrations qui ont préparé le sommet.

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