Réponse à la charge lancée hier matin contre l’euro par Emmanuel Todd, au micro de France Inter. Le sociologue a qualifié la monnaie unique de « concept zombie ».

Pour les auditeurs qui n’ont pas entendu cet échange entre Patrick Cohen et le politologue, démographe et sociologue Emmanuel Todd, celui-ci a violemment attaqué la monnaie unique. Il l’a qualifiée de "concept zombie" à qui on inflige un "acharnement thérapeutique". En janvier, il évaluait à "90%" la probabilité d’une explosion de l’euro. Ce qui est intéressant, au-delà de sa position à lui, c’est qu’elle renouvelle avec des arguments d’aujourd’hui les critiques que l’on a entendues depuis longtemps chez les souverainistes de gauche, de droite et d’extrême droite, mais aussi chez les économistes ultra-libéraux comme Milton Friedman.

La crise en Grèce, en Irlande, au Portugal, la croissance molle, les déficits publics, tout cela fournit des munitions à cette charge. Eh bien on peut penser, au contraire, que la cause de l’euro mérite d’être défendue. Il a déçu, il ne mérite pas un acte de décès. Au contraire.

D’abord, les éléments à charge. Il y en a. Disons simplement, pour aller au plus court, c’est la pagaille –pour ne pas utiliser un autre mot. Depuis un an, on va de crise en crise, les chefs d’Etat se réunissent, signent un accord, jusqu’à la suivante. En tous cas, c’est l’impression que l’on peut avoir. Ensuite, plus fondamentalement, la déception vient de l’absence de convergence entre les économies, qui a permis à l’Espagne et à l’Irlande d’élever des bulles immobilières et bancaires qui ont fini par éclater au moment de la crise mondiale. Et ces divergences ne se réduisent pas. En février, par exemple, l’inflation s’est étalée de + 0,9% (Irlande) à 5,5% (Estonie). Au fond, dix ans après l’euro, l’Europe serait restée la même : avec un Nord sérieux et un Sud moins sérieux. Pas étonnant que cela tangue.

Et maintenant les éléments à décharge ? Il faut tordre les faits pour prétendre que l’euro est la cause de nos difficultés. Ce n’est pas lui qui a gonflé les dettes publiques, et d’ailleurs, la Grande-Bretagne nous dépasse. Sur dix ans, la croissance dans la zone euro a été de plus de 2% -c’est pas mal- et les niveaux de vie se sont rapprochés. 15 millions d’emplois ont été créés –avant la crise. Dès 2007, la Banque centrale européenne a été la première à réagir contre les subprimes. En dix ans, l’euro est devenu la deuxième monnaie mondiale. Ces derniers jours, un choc fédéral s’est produit avec l’accord sur les fonds de sauvetage. Détail trivial pour finir, sans l’euro, le litre d’essence coûterait peut-être deux euros ! Le retour aux monnaies nationales, que ne veut plus Todd, mais que d’autres exigent, entraînerait des dévaluations en tous sens –la solution de facilité dont rêvent au fond les anti-euros par rapport à l’Allemagne. Une catastrophe.

Mais l’enjeu de l’euro est politique.Helmut Kohl l’avait dit : il permet d’avoir une Allemagne encadrée par l’Europe et non une Europe sous patronage allemand. Et Valéry Giscard d’Estaing a eu raison d’ajouter un jour –quitte à caricaturer : ne soyons pas naïfs, les anglo-saxons, qui n’ont jamais cru à l’euro, sont comme des fauves reniflant le sang. Inutile donc de crier avec les loups.

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