Le débat pour ou contre la loi El Khomri est aussi le reflet des différentes grilles de lecture sur ce qu'est la politique économique.

Il y a beaucoup grilles de lecture d'une politique: libérale ou sociale, favorable aux inclus ou aux exclus, à l’offre ou à la demande, de gauche ou de droite. Mais il y en a une autre qui recoupe les débats actuels. Entre la macro-économie et la micro-économie. La politique la plus efficace, est-ce celle qui se penche sur les équilibres globaux, qui bouge les curseurs budgétaires et monétaires ? Ou celle qui va au plus près du terrain, de la vie concrète des salariés et des entreprises, qui rentre dans le détail et modifie des curseurs parfois minuscules mais déterminants ?

C’est le clivage actuel ?

Aussi oui. Les opposants à la loi El Khomri, quand on écoute leurs solutions pour baisser le chômage (parce que c'est ce qui compte) ont la même réponse. La priorité devrait être la politique macro-économique de relance pour soutenir la demande. Le canal visé: le pouvoir d'achat et l’investissement public. Les partisans de la loi El Khomri comme de la loi Macron hier estiment eux qu’il existe des verrous sur le marché du travail et des biens et services, des points d’acupuncture sur lesquels il faut agir parce que ça bloque ou que ça freine. C’est le cas de la peur des prud’hommes chez les patrons de PME.

Votre avis ?

Les deux voies ont des avantages et des inconvénients. Les micro-solutions, les solutions micro n'ont pas l'esthétique des belles politiques keynésiennes, et elles ont un coût social ou économique pour des acteurs. A l'inverse, les politiques de relance budgétaire ou monétaire n'ont pas de coût immédiat (c'est leur aspect miraculeux) mais elles ont la plupart du temps un coût différé. La difficulté de la France est qu'elle a renoncé à la dévaluation qui doperait sa compétitivité, que la politique monétaire expansive de la BCE arrose un terrain aride et que son problème n'est pas en priorité la demande intérieure : le pouvoir d'achat a grimpé de 1,7 % l'an passé. Restent donc 1 l'investissement public. Mais le dernier exemple en date, les 50 milliards du grand plan d'avenir de 2010, n'a pas eu l'efficacité attendue, a-t-on appris mardi. 2 les réformes pointues, sectorielles. Mais épouvantablement mal vendues, elles mettent des gens dans la rue. Alors, veut-on ne rien faire ?

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