Vous revenez sur deux aspects de l’accord européen de la fin de semaine dernière. Car une révolution peut en cacher une autre.

Oui, comme c’est souvent le cas, l’attention se focalise sur les résultats les plus attendus ou sur les surprises. Parfois, le plus important ne saute pas aux yeux, n’est pas très médiatique. Dans l’accord européen du 26 octobre, le plus attendu, c’était la recapitalisation des banques, la Grèce ou le fameux Fonds européen. La vraie surprise a été l’appel lancé à la Chine pour qu’elle participe au sauvetage des pays en difficulté. En réalité, cette piste - rien n’est conclu -, est sans doute plus signifiante que significative . Signifiante parce qu’il est paradoxal de voir des pays riches tendre la sébile à des émergents. Dans l’histoire, c’est la Grande-Bretagne qui a au départ financé le décollage des Etats-Unis ou de l’Inde, c’est la France qui a apporté ses capitaux en Afrique. Là, c’est donc l’inverse. Mais au-delà du symbole, cet appel n’est pas forcément significatif parce que l’on parle de montants modestes – moins de 100 milliards de dollars -, que la Chine finance depuis longtemps les Etats-Unis et que Pékin a intérêt à ce que l’Europe, son premier client, ne sombre pas. A ce stade, on peut seulement dire que si cela se concrétise, l’Europe se prive d’armes pour poser des exigences commerciales à la Chine.

Bon, çà c’est la Chine, mais vous nous avez annoncé un enjeu caché, peut-être, plus important...

Oui, et qui aura à mon avis plus d’effets sur nos choix politiques et nos vies. Il s’agit – soyons précis - de l’alinéa 4 du paragraphe 26 de l’accord européen. Il est intitulé « Surveillance et coordination économique et budgétaire ». Il rend obligatoire (je cite) « la consultation de la Commission et des autres États Membres avant l’adoption de réforme majeure économique ou budgétaire pouvant avoir un impact sur le reste de la zone euro pour donner la possibilité d’une évaluation d’un possible impact pour la zone euro ». Personne n’en a parlé, mais c’est considérable. A partir de maintenant, aucun État (dont la France) ne pourra décider une politique importante sans en référer à Bruxelles et au jugement des autres pays, dont l’Allemagne. Comme le dit l’économiste Jacques Delpla, cette décision, c’est la fin en vue de l’autonomie économique des États, c’est le début de l’intégration des politiques économiques.

Concrètement, quelles conséquences ?

Avec un tel texte, la relance de 1981 aurait été impossible, la loi Tepa et ses baisses d’impôt aussi. Pour la gauche, cela veut dire que revenir en arrière sur la réforme des retraites serait impossible sans hausse d’impôt ; la majorité, elle, n’aurait pas pu baisser la TVA dans la restauration. Ce n’est pour l’instant qu’un « engagement » de chacun des 27, mais c’est un changement de paradigme, une limitation de souveraineté plus importante que l’appel à Pékin. Une limitation logique et volontaire pour éviter que la souveraineté ne passe aux mains des marchés.

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