Où en est le Brexit, la sortie du Royaume-Uni hors de l’Union européenne ?

Jean-Marc Vittori, des Echos.

Il se perd dans le fog londonien. Le Premier ministre britannique, Theresa May, ne cesse de répéter que « Brexit means Brexit », « Brexit signifie Brexit », mais elle se garde bien de dire ce que ça va être.

En attendant, l’économie britannique semble se porter comme un charme, avec une croissance de 0,5% au troisième trimestre contre 0,2% en France. C’est vexant.

Dans ce brouillard, on ne voit vraiment rien venir ?

Si, on voit deux tendances. Le problème, c’est qu’elles sont contradictoires – n’oubliez pas que nous sommes au pays de l’excentricité.

Première tendance : le Brexit sera dur. Le gouvernement va fermer la porte aux étrangers, jusqu’aux étudiants qui rapportent pourtant des milliards au pays. Il va même refaire de la politique industrielle, presque façon Colbert. On est ici dans le discours politique.

Et puis il y a la deuxième tendance, le réalisme économique. Le Brexit sera doux. Le gouvernement ne fera rien qui risque de peser sur la compétitivité des entreprises, comme le constructeur automobile Nissan dont le patron Carlos Ghosn a obtenu de sérieuses garanties directement du Premier ministre.

Pas question de droits de douane avec l’Union européenne, ça serait trop affreux. Le ministre des entreprises, Greg Clark, l’a clairement laissé entendre hier.

En quoi le blocage de l’immigration est-il contradictoire avec l’absence de droits de douane ?

On touche ici un principe fondateur de l’Union européenne : les hommes et les marchandises doivent circuler librement. Bruxelles refusera un accord où il y aura une liberté mais pas l’autre.

A un moment ou l’autre, Londres devra choisir.

Et de quel côté va pencher Theresa May ?

Comme elle veut absolument garder les industries et plus encore la finance, elle va sans doute privilégier un accord très ouvert, qui ressemble davantage à ce que l’Union a bâti avec la Suisse qu’avec la Turquie.

Elle devra alors expliquer à son peuple qu’elle ne peut pas fermer la porte à l’immigration autant que prévu, et pire encore, que le Royaume-Uni devra continuer de verser de l’argent à Bruxelles.

Parmi ceux qui ont voté le Brexit, certains auront alors le sentiment d’être trahis. Mais d’autres seront sans doute au fond rassurés.

L'équipe

Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.