Ce matin : quand Londres donne une bonne leçon à l’Europe continentale.

Le chancelier de l'Echiquier Philip Hammond présentant le Budget le 29 octobre
Le chancelier de l'Echiquier Philip Hammond présentant le Budget le 29 octobre © AFP / DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

Et j’ai envie d’ajouter : une leçon méritée. Il s’agit de la taxation des géants américains du numérique, les fameux GAFA, Google, Apple, Amazon et Facebook. 

Lundi, Londres a annoncé, en présentant son budget pour l’année prochaine, un projet de taxation des résultats de ces entreprises. Projet applicable en 2020 qui rapporterait 400 millions de Livres. 

Oublions un instant le débat sur le bien-fondé de cette imposition -bien-fondé ou d'ailleurs pas parce que son principe a on le signale en passant été dénoncé hier par les petits acteurs européens du numérique comme Spotify ou Zalando. 

Ecartons aussi un instant la question de savoir si Londres passera vraiment à l’action. 

Mais voilà, notons que sur ce sujet, le Royaume-Uni agit quand l’Europe continentale bavarde depuis des mois sans avoir abouti jusqu’à maintenant en tous cas. La France, son ministre des Finances Bruno le Maire en tête, se remue comme un beau Diable, mais c’est dur. Il y croit mais s’il veut un accord européen, l’unanimité est nécessaire et, entre autres, Berlin ne veut pas fâcher Donald Trump sur les GAFA par crainte de rétorsions sur l’automobile. Tandis que Dublin freine des quatre fers. Si cela bloque, peut-être que Paris finira pour agir seul, comme Londres... 

Bref, l’Union européenne donne des arguments à tous ceux qui pensent que tout est trop compliqué et qu’après tout le Brexit et l’indépendance permettent de récupérer du pouvoir. Coup de com ou pas de Londres, l'Union fournit des armes pour la rejeter et cela tombe mal. 

Puissance contre impuissance, c’est l’image ? 

Oui, et c’est un paradoxe parce que le Royaume-Uni va vraiment perdre de l’influence et de la puissance avec le Brexit sur la scène internationale, il ne peut pas en être autrement. Tandis que l’Union reste la première puissance commerciale et le premier marché de consommation par exemple. 

Mais c’est vrai qu'avec ses lourds processus de décisions, son côté tatillon, sa répartition sophistiquée des pouvoirs entre les capitales et la Commission, elle offre un visage parfois impuissant à ceux qui souhaitent « reprendre le pouvoir ». 

Et le pire est quand l’Europe est ridicule. Elle l’est quand la présidence autrichienne a annoncé hier qu’aucune décision ne pourrait être prise avant 2020 sur la fin du changement d’heure. Elle l’est, ridicule, quand elle est incapable d’harmoniser ne serait-ce que la fiscalité sur le tabac, sujet de santé publique, avec pour effet des trafics pas seulement frontaliers. Et bien sûr sur les questions migratoires. Il est facile de crier haro sur le baudet, mais le baudet donne hélas des bâtons pour se faire battre.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter
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