La Commission européenne a présenté son plan climat mardi, plusieurs personnalités de poids de l'exécutif bruxellois s'en sont désolidarisés en coulisses.

Le plan présenté hier est assurément un plan ambitieux qui cherche à apporter une réponse pratique aux colères de la génération Greta Thunberg.

Au fond, la génération qui gouverne aujourd’hui veut convaincre celle qui a entre 20 et 30 ans que les solutions existent. 

Rappelons le contexte : il s’agit de dire comment les émissions européennes de CO2 peuvent diminuer de 55% en 2030 par rapport à leur niveau de 1990 (qui est la référence officielle). 

Sachant que ces émissions ont diminué pour l’instant de 24% depuis 1990, en 30 ans, on voit le chemin à parcourir en 10 ans : aller de -24% à -55%. Enorme.

Concrètement, la Commission veut : 

  • interdire la vente de voitures thermiques et hybrides après 2035, 
  • taxer le kérosène des avions et le trafic maritime de marchandises,
  • durcir le prix du carbone de la quasi-totalité des secteurs
  • créer une sorte de taxe carbone aux frontières (c’est plus complexe, je résume). 

L’Europe est le 1er grand bloc du monde à se saisir du sujet avec autant d’ambitions

Et tous ceux qui ânonnent (ânonner, cela veut dire répéter comme des ânes !), tous ceux qui ânonnent que l’Europe n’est qu’un grand marché ultra-libéral devraient changer d’urgence leurs logiciels – passons. 

Une fois cela dit, la question suivante est double : la décarbonation de l’économie risque-t-elle d’aboutir à une désindustrialisation ruineuse pour l’emploi et les revenus, et à un cadeau aux Etats-Unis et à la Chine ? Pour que la réponse soit négative, il faut beaucoup d'innovations. 

Et puis, les Européens qui roulent et se chauffent vont-ils accepter une hausse des taxes sur les carburants et le fuel sans broncher ? La Commission pense officiellement que oui et que c’est inévitable. 

Mais le souvenir des Gilets Jaunes et des Bonnets rouges est fort. !

Au point que plusieurs membres de la commission, dont les poids lourds Valdir Dombrovskis, Thierry Breton, Josep Borell et Didier Reynders, ont exprimé, ce qui très rare, des réserves sur ce volet-là. 

Et au-delà ?

Au-delà, il y a un doute : ce paquet vert est-il en réalité surtout de facture allemande, avec une taxe aux frontières peut-être light qui préserve l’industrie allemande, et un effort demandé aux ménages - ménages qui en Allemagne ont déjà accepté une taxe carbone (sans problème d'ailleurs) ? Ursula von der Leyen s’est en tous cas beaucoup investie personnellement. 

Au-delà surtout, il y a un grand point d’interrogation : L'Europe ne représente que 10% des émissions de CO2, comment peut-elle avoir une influence sur le reste du monde (les efforts faits quelque part n'ont pas d'effet local sur le réchauffement climatique) ? Je vous laisse avec cette question vertigineuse.

L'équipe
  • Dominique SeuxDirecteur délégué de la rédaction des Echos et éditorialiste à France Inter