Le gouvernement laisse filtrer son énervement sur l'efficacité de la filière nucléaire tricolore. Il entend ouvrir l'éventail des entreprises appelées à construire de nouveaux réacteurs.

Ce matin, une question a priori étrange : quel rôle jouera EDF dans la transition écologique ?

C’est effectivement une question a priori bizarroïde. EDF produit la majorité de notre électricité, une électricité décarbonnée avec des besoins qui vont augmenter, donc on va avoir davantage besoin d’EDF. 

Et pourtant voilà, il y a actuellement une petite musique critique sur notre électricien national au sein de l’Etat, et à un niveau gouvernemental élevé. C’est un ministre qui confiait il y a quelques semaines que ce serait bien qu’EDF ne soit pas en charge des futurs petits réacteurs SMR – un Elon Musk saurait mieux faire, nous glissait-t-on avec ironie ; ces jours-ci, c’est un haut responsable gouvernemental qui lève les yeux au ciel quand on lui parle d’EDF. 

Pour résumer les choses familièrement, l’Etat en a gros sur la patate (sur le cœur), quand il regarde les résultats de la filière nucléaire au moment où il veut la relancer. La construction du réacteur EPR de Flamanville a commencé en 2007, il devait être terminé en 2012, il y eu tellement de retards et de ratés qu’on parle désormais de 2023. Avec un coût passé d’un gros milliard à 20 milliards d’euros. 

Quant à des futurs autres EPR, une note gouvernementale publiée par le site Contexte explique qu’aucune mise en service n’est à attendre avant … 2040. 

Enfin, l’idée chemine d’ouvrir le jeu à d’autres opérateurs qu’EDF pour construire les futurs réacteurs et pourquoi pas privés. 

Voilà les pièces du procès, voilà la petite musique. Une fois cela dit, c’est un bruit de fond, pas un roulement de tambour. Emmanuel Macron, décideur en dernier ressort, semble garder sa confiance à Jean-Bernard Lévy, qu’il a nommé quand il était à Bercy. Apparemment, il n’entend pas en faire un fusible. Mais c’est sous tension. 

Quand Emmanuel Macron annoncera-t-il ses intentions nucléaires ? Mi-novembre, il devrait annoncer le principe du lancement de 6 EPR – mais pas les modalités. Selon Le Figaro, cela serait à Belfort, ce qui voudrait dire qu’EDF reprendrait à General Electric les turbines nucléaires Arabelle – lesquelles étaient dans la corbeille de la mariée quand Alstom Energie (avec son site de Belfort) a été vendue par le même Emmanuel Macron à GE en 2015. 

Cette opération aurait donc un objectif économique, mais aussi politique : effacer un passé contesté. Soyons -pour finir- honnêtes sur notre rôle : « fuiter » auprès de journalistes un peu de mauvaise humeur envers EDF peut être aussi (je ne sais pas) un moyen de lui tordre le bas dans cette affaire Arabelle. En langage familier (je suis très familier ce matin), on dirait « pour attendrir la viande ». Mais je suis trop familier.

Thèmes associés