Le président de la République est tenté d'agir par décret sur les régimes spéciaux avant la présidentielle. L'enjeu politique est évident. Mais est-il prêt à assumer des mouvements sociaux ?

Emmanuel Macron pense toujours à réformer les retraites
Emmanuel Macron pense toujours à réformer les retraites © AFP / Ludovic MARIN

C'est une information de Cécile Cornudet, l’éditorialiste politique des Echos, que deux sources m'ont confirmée : le président n’a pas renoncé à ouvrir le dossier retraites avant la présidentielle. .

Cela peut surprendre dans la mesure où l’ensemble des partenaires sociaux reçus par Jean Castex la semaine dernière refusent la concertation qui leur a été proposée. Tous considèrent que c'est un sujet de campagne présidentielle. Emmanuel Macron a donc compris qu’il n’est plus question, à court terme, d’agir sur l’âge de la retraite et ce qui concerne l’ensemble des salariés du privé et des fonctionnaires. 

Mais, voilà, il est tenté d’intervenir sur les seuls régimes spéciaux, ceux qui concernent la RATP ou le secteur de l’énergie (en clair EDF). La SNCF n’est pas concernée, sa réforme a déjà été votée par une loi. 

Comment intervenir ? Par décret. Pour faire quoi ? Rien de précis, mais si on réfléchit trois secondes, on imagine assez bien ce qui pourrait tenter le président : faire en sorte que les futurs embauchés d’un certain nombre d’entreprises sous régimes spéciaux n’en bénéficient plus. 

Concrètement, ce type de « clause du grand-père » (vous vous souvenez, c’était un terme que l’on avait découvert fin 2019 !), ce type de clause ne changerait rien avant … 40 ans, mais ce serait un signal. 

En contrepartie, la retraite minimale à 1.000 euros par mois serait décidée aussi, l'un finançant symboliquement l'autre.  

Ce serait un signal très politique, aussi … 

Evidemment. C’est rusé, et le message est doublement politique : "moi, Emmanuel Macron (pas moi, lui, vous m’avez compris), je ne recule pas totalement ; moi, Emmanuel Macron, j’envoie un message aux électeurs qui s’inquiètent des déficits et de la dette, qui vont du centre gauche à la droite". 

A Marseille, sur le budget 2022, avec son revenu jeune, avec ses investissements, le gouvernement dépense beaucoup : le président veut montrer qu’il ne lâche pas tout. 

Il compterait aussi mettre en avant un message d’égalité. 

Sur le fond, beaucoup de Français pensent sans aucun doute que les avantages des régimes spéciaux de retraite sont injustifiés et coûteux pour la collectivité. C'est d'ailleurs la vérité. 

Mais ce type de décision provoquera t-il de la lassitude ou du désordre et comment ce désordre serait-il perçu ?

Je peux vous vous le dire : mal, il serait mal perçu. A ce stade, la seule chose sûre est qu’Emmanuel Macron veut qu’on sache qu’il ne lâche rien. Le sujet pourrait être évoqué à un séminaire gouvernemental mercredi.